La Kabylie, un refuge idéal pour les jihadistes algériens

25/09/2014 08:39

© Fournis par Francetv info 

Les proches d'Hervé Gourdel, kidnappé par un groupe jihadiste algérien dimanche 21 septembre, évoquent un randonneur et un grimpeur expérimenté et consciencieux. En se rendant dans le nord de l'Algérie, à 150 km à l'est d'Alger, dans le massif du Djurdjura, dans la région d'Ath-Ouacif, le Français a pourtant pris un risque. Car si le sud de la chaîne montagneuse est effectivement une zone très fréquentée par les touristes, le versant nord de cette partie de la Kabylie est connue depuis longtemps pour être un foyer terroriste. Francetv info se penche sur ce qui fait de cette région une zone dangereuse.

Parce que la topographie est accidentée

Si Hervé Gourdel a choisi de randonner dans le nord du massif du Djurdjura, c'est parce que cette zone de la plus grande chaîne montagneuse du nord de l'Algérie est une véritable mine d'or pour les amateurs d'escalade. Le guide niçois comptait d'ailleurs y "ouvrir une voie" (trouver un nouveau parcours d'escalade) lorsqu'il a été kidnappé au pied du Lalla Khedidja, le point culminant du massif (2 308 mètres d'altitude). La région consiste ainsi en un enchevêtrement de falaises, de montagnes et de vallées escarpées, ponctuées de forêts et reliées par des routes étroites et tortueuses.

TSA Algérie évoque "la nature difficile du terrain, montagneux, boisé et truffé de grottes" qui offre à des groupes mobiles des moyens de se dissimuler et de circuler discrètement.

Parce que c'est un maquis historique

Les conditions topographiques de cette zone, située à deux heures de route de Tizi-Ouzou, le chef-lieu de la wilaya (l'équivalent du département) du même nom, sont appréciées depuis très longtemps par les groupes cherchant des refuges. En 1945, à l'époque où l'Algérie était un département français, les indépendantistes s'y repliaient déjà fréquemment. Lors de la guerre d'Algérie (1954-1962), le FLN y cachait beaucoup d'armes et l'armée française n'a jamais réussi à contrôler la zone.

"Ça a toujours été un refuge pour les maquisards, confirme à francetv info Imad Mesdoua, analyste politique spécialiste du Maghreb. C'était le cas pendant la guerre civile au début des années 1990, où les islamistes arpentaient la zone. Depuis, c'est devenu un de leurs fiefs, et ils le défendent." Le GSPC, devenu par la suite Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), en a fait l'épicentre de son action en Algérie.

Parce que c'est un piège à otages

L'enlèvement d'Hervé Gourdel n'est pas une première. Les rapts sont fréquents dans la région, où l'insécurité s'est installée depuis le début des années 2000, comme l'explique la politologue algérienne Louisa Aït-Hamadouche à Libération : "Depuis une quinzaine d'années, on a vu apparaître une économie crapuleuse faite de rapts, les kidnappings ont prospéré : enlèvements de commerçants, de chefs d'entreprise, d'artisans..." Pour expliquer cette insécurité croissante, Le Figaro avançait en 2011 des implantations forcées de populations arabophones, notamment "des terroristes repentis, des repris de justice, et des marginaux", dans cette région où l'immense majorité de la population parle la langue berbère.

Depuis 2005, 80 personnes ont été kidnappées, principalement des Algériens. "Trois personnes ont été tuées, les autres ont été libérées, explique Imad Mesdoua. Difficile de dire quand il s'agit de jihadistes ou de bandits, mais il est certain que la zone est dangereuse pour les Français, mais aussi pour les Algériens. On est dans une situation comparable aux zones de non-droit du sud du pays, alors qu'à Alger, à deux heures de là, il n'y a aucun danger."

Parce que la population est passive

Hervé Gourdel n'était pas seul lorsqu'il a été kidnappé. Mais les locaux qui l'accompagnaient ont été relâchés par les jihadistes de Jund Al-Khilafa. Une attitude qui correspond à la politique de non-agression existant entre les populations locales et les groupes terroristes dans la région. Djalil Lounnas, enseignant-chercheur à l'université Al-Akhawayne d'Ifrane, au Maroc, explique à Libération que "les populations ne sont pas complices des islamistes armés, mais ne collaborent pas pour autant avec les services de sécurité. De leur côté, les islamistes n'enlèvent pas les locaux et Aqmi s'abstient de tourmenter ces mêmes populations."

Les Kabyles de ces régions, bien qu'hostiles au terrorisme, ont ainsi l'habitude de croiser des jihadistes qui descendent des montagnes pour chercher des vivres. "On les reconnaît parce qu'ils portent la barbe et qu'ils sont sales, explique une habitante d'Aït Ouabane (la petite ville près de laquelle Hervé Gourdel aurait été enlevé) au Figaro. On les sert, mais personne ne leur parle." Une passivité qui serait liée à l'absence d'arrestations et aux échecs de l'armée algérienne. "On est dans une situation comparable à celle du Nord du Mali avant l'intervention française, avec une zone de non-droit, estime Imad Mesdoua. Les jihadistes se mêlent à la population, font parfois des affaires, sauf qu'ils n'imposent pas leurs règles aux locaux."

Parce que la lutte contre le terrorisme y est un échec

Pour tenter de retrouver la trace d'Hervé Gourdel, les autorités algériennes ont lancé, lundi soir, une "opération" mobilisant 1 500 hommes. Mais un officier a rapidement fait part de son pessimisme sur le succès d'un tel procédé, estimant les chances de retrouver le Français comme "nulles", d'après TSA. Il faut dire que les soldats algériens procèdent en fait à un ratissage de la région, or "des ratissages, il y en a chaque semaine" explique Imad Mesdoua.

Le pouvoir algérien n'est jamais parvenu à déloger la menace jihadiste de Kabylie. Dans Le Figaro, Hakim Saheb, avocat à Tizi Ouzou, l'explique "par l'absence de volonté claire de la part du pouvoir de garantir la sécurité des habitants". La raison proviendrait soit de "l'incompétence" d'Alger, soit "du rejet du pouvoir central" par les Kabyles, peuple chez qui l'idée d'indépendance est toujours politiquement forte.

L'enlèvement du randonneur français met en tout cas à mal le pouvoir algérien, qui expose fréquemment sa fermeté face à la menace terroriste. Mais comme l'explique la politologue Louisa Aït-Hamadouche à Libération, Alger pourrait chercher à exploiter le fait que Jund Al-Khilafa se réclame de jihadistes étrangers : "Le pouvoir veut inscrire ce rapt dans un contexte international afin, aussi, de se dédouaner ou d'amoindrir sa propre responsabilité."

                                                      

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