La manipulation de l'opinion publique sur les médias sociaux est une menace pour la société"

30/07/2018 18:21

Malgré les efforts de lutte contre la propagande informatique, le problème se développe à l'échelle mondiale, indique un nouveau rapport de l'Oxford Internet Institute (OII) de l'Université d'Oxford en Grande-Bretagne. 

  

"La manipulation de l'opinion publique sur les plate-formes de médias sociaux a émergé comme une menace critique pour la vie publique", explique la responsable de la recherche, Samantha Bradshaw, sociologue à l'Oxford Internet Institute.

Désinformation

"Partout dans le monde, des organismes gouvernementaux et des partis politiques exploitent ces plate-formes de médias sociaux pour répandre des nouvelles et de la désinformation, exercent la censure et le contrôle et sapent la confiance dans les médias, les institutions publiques et la science."

"Le nombre de pays où la manipulation des médias sociaux est formellement organisée a considérablement augmenté, passant de 28 à 48 pays dans le monde", précise Bradshaw. "La croissance du problème provient des partis politiques qui propagent la désinformation et les fausses nouvelles durant les périodes électorales. 

Ces partis politiques s’inspirent de stratégies déployées pendant le Brexit en Grande-Bretagne et l'élection présidentielle américaine de 2016: Davantage de campagnes politiques utilisent des bots, des fausses nouvelles et de la désinformation pour polariser et manipuler les électeurs et ce, en dépit des efforts déployés par les gouvernements de nombreuses démocraties pour introduire une nouvelle législation destinée à lutter contre les fausses nouvelles sur Internet."

"Le problème est que ces groupes de travail pour combattre les fausses nouvelles sont utilisés comme un nouvel outil pour légitimer la censure dans les régimes autoritaires", selon le professeur Phil Howard, co-auteur et chercheur principal du projet Computational Propaganda de l'OII. "Au mieux, ces groupes de travail créent des contre-récits et des outils de construction pour la sensibilisation des citoyens et la vérification des faits."

Intérêts commerciaux

Selon les chercheurs, il existe des preuves que les campagnes de désinformation se déplacent vers des applications de chat et des plates-formes alternatives.. "Cela devient de plus en plus courant dans les pays du Sud, où les grands groupes publics sur les applications de chat sont de plus en plus populaires", ajoute Bradshaw.

"Nous pensons que de nouvelles innovations continueront de voir le jour même si ces plate-formes et les gouvernements prennent des mesures légales et réglementaires pour freiner ce type d'activité", à en croire Howard.

"Derrière la manipulation organisée des médias sociaux se cachent les intérêts des grandes entreprises", souligne Samantha Bradshaw. "Nous estimons que des dizaines de millions de dollars sont dépensés pour ce type d'activité", explique Howard. "Une partie de l'argent peut être dépensé pour de la publicité légitime sur les médias sociaux, mais il existe certainement une industrie en croissance destinées aux faux comptes, aux commentateurs en ligne et aux bots politiques."