La mission impossible de Mario Draghi: trop en faire... ou pas assez

03/10/2014 21:49

Hier, Mario Draghi, le patron de la Banque Centrale Européenne (BCE), a annoncé que la BCE allait acheter des actifs pour encourager les banques à prêter de l'argent, et stimuler ainsi la relance de l'économie dans la zone euro.

Mais il a refusé de confirmer le montant sur lequel ces achats porteraient, se bornant à dire que la valeur des obligations et des titres adossés à des actifs (« ABS ») disponibles sur le marché se montait 1000 milliards d'euros.

Il a également dit que la banque pourrait aussi acquérir des titres de pays tels que Chypre ou la Grèce, auxquels les agences de notation ont attribué une cote indiquant qu'ils ne valent pas plus que de la pacotille, à la condition que ces pays se conforment au programme du plan de sauvetage qui leur a été imposé.Faute de confirmation du montant sur lequel porterait ce programme de stimulus, les marchés ont manifesté de la déception, et les actions européennes ont connu leur plus forte chute en 15 mois.

Mais en Allemagne, c'est le contraire : le ministre des Finances Wolfgang Schaüble et le patron de la Bundesbank, Jens Weidmann, ont estimé que la BCE prenait trop de risques.

« Je n'ai jamais vu une telle indignation en Allemagne envers les actions d'une institution européenne. La BCE est en train de devenir un réservoir pour les déchets nucléaires », a déclaré Gunnar Beck, un expert du droit allemand de la London University.

« La BCE va acheter des bons dégradés de la Grèce et de Chypre, et probablement de l'Italie, aussi. Cela correspond à une socialisation du risque et c'est complètement illégal. Je peux vous dire que des poursuites juridiques sont déjà en cours », a-t-il ajouté.

« Essayer de plaire aux deux côtés est une tâche presque impossible pour M. Draghi », écrit Ambrose Evans-Pritchard du Telegraph. «On l'accuse avec une véhémence équivalente à la fois d'en faire trop, et de ne pas en faire assez. »

« On peut comprendre pourquoi les gens deviennent eurosceptiques. Ça ne va pas, certains pays sont dans des récessions interminables. Dans d'autres parties de l'Europe, les gens ont l'impression de payer pour tous les autres », a confié Draghi.

Pour l'ancien économiste de la BCE Jurgen Stark, la BCE a « jeté le Traité de Maastricht » et elle ne détermine sa politique qu'en fonction des membres « à problèmes » de la zone euro, plutôt que pour l'ensemble, et cela ne pourra aboutir qu'à des conflits d'intérêt.

Il estime qu'elle ne fait que céder à « l'immense pression politique » de la France et de l'Italie, et que ses mesures ne visent qu'à faire baisser la parité de l'euro.

Depuis le mois de mai, le taux de change de l'euro contre le dollar a en effet perdu près de 10%. Lord Turner, un ancien responsable des autorités de tutelle britanniques, doute que la chute du cours de l'euro pourra résoudre les problèmes de la zone : « Tout le monde veut faire baisser la parité de sa devise. Mais comme le Japon, la Chine et l'Europe sont tous en train d'essayer de le faire en même temps, ça ne pourra pas marcher pour le monde entier ».

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