La petite Irlande est un modèle pour les géants européens englués dans la crise

23/09/2014 20:12

Clifden, Ireland

La façon dont l'Irlande se remet de la crise financière et économique qui a frappé le pays avec une croissance économique tout à fait étonnante prouve que les réformes produisent des résultats, affirme le Financial Times dans un éditorial.

L'Irlande a été particulièrement touchée par la crise financière de 2008, notamment en raison d'un certain laxisme dans le secteur bancaire et d'une énorme bulle immobilière, deux des ressorts de la croissance économique débridée que le 'tigre celtique' avait connue au cours des années précédentes.

Mais tout a pris fin avec la crise de confiance du secteur bancaire. Le pays a dû bénéficier d'un plan de sauvetage européen de 85 milliards d'euros pour ne pas faire faillite.

Mais six ans plus tard, l'Irlande est le premier pays à être sorti du plan de sauvetage, et la croissance économique a été de 7,7% en taux annualisé au cours du second trimestre. D'autres pays, en particulier la France et l'Italie, où les réformes économiques sont souvent restées lettre morte, peuvent envier l'exemple irlandais.

Ce retournement de situation est pour partie imputable à la chance, mais aussi aux sévères mesures d'austérité que le pays a prises.

L'Irlande est chanceuse, parce que ses principaux partenaires commerciaux, les États-Unis et la Grande-Bretagne, bénéficient tous les deux de forts taux de croissance. En outre, elle a profité de la faiblesse des taux d'intérêt liée aux décisions de Mario Draghi, le patron de la Banque Centrale Européenne.

Mais la chance n'explique pas tout, et les sacrifices que le peuple irlandais a concédés ont joué un large rôle dans cette reprise économique spectaculaire.

Ainsi, le gouvernement a réduit la main d'œuvre et les salaires dans le secteur public. Les salaires ont aussi baissé dans le secteur privé, de plus de 2% sur chacune des 4 dernières années, ce qui a restauré la compétitivité du pays. Le secteur bancaire a été réformé en profondeur.

Une « bad bank », la National Asset Management Agency, a pris en charge les créances toxiques des banques pour leur permettre de repartir avec un bilan assaini, et de relancer l'activité de crédit.

L'Irlande a encore un long chemin à parcourir avant de pouvoir sortir entièrement de la crise. Elle reste très endettée, avec une dette publique qui atteint 120% du PIB.

En outre, les ménages irlandais sont encore plus endettés, et on estime que 10% des prêts ne seront jamais remboursés. Le marché immobilier est toujours déséquilibré, et alors que l'on compte encore un certain nombre de développements « fantômes » dans le pays, Dublin souffre d'une pénurie de logements.

Enfin, la consommation domestique demeure anémique, en raison des baisses de salaires et du chômage élevé, et on ne peut donc plus compter sur elle pour stimuler la croissance.

De nombreux pays de la zone euro manquent du courage nécessaire pour mener les réformes douloureuses nécessaires, et ils comptent sur une action au niveau européen pour sortir de la crise.

Mais tous les efforts qui ont été entrepris jusqu'à présent pour encourager la consommation ont été décevants, observe le journal. Pour les petites économies ouvertes comme l'Irlande, les conditions extérieures sont moins décisives que la politique menée par le pays.

L'Irlande montre comment les pays peuvent se remettre d'une crise économique, même lorsque les circonstances internationales sont très difficiles. Les dirigeants des autres pays européens peuvent apprendre beaucoup de son exemple, conclut le Financial Times.

https://www.express.be/business/fr/economy/la-petite-irlande-est-un-modele-pour-les-geants-europeens-englus-dans-la-crise/208021.htm