Le Bureau des Sacrifices

04/03/2018 15:20

Nos experts

José Manuel BOUDEY  est économiste et juriste, expert international, il travaille avec les bailleurs de fonds internationaux et conseille les entreprises internationales au niveau stratégique et de « Profilage géopolitique anticipatif » et opérationnel ainsi qu'en communication de crise.

Bernard SOBKOWIAK Président AMI OIMC NORD, Vice-Président AMI/OIMC France Passionné de géopolitique, de sociologie, de musique, d'art et de culture, Bernard SOBKOWIAK est un Spécialiste en sécurité public et militaire puis s'est tourné vers les situations radicalisées dans diverses Zone Urbaines Sensibles d'Ile de France.

Aujourd'hui le Site AMI OIMC NORD est désormais devenu un vecteur de l'information prédictive et a mis en place une plateforme qui propose des analyses de « profilage géopolitique » à destination des bailleurs de fonds internationaux, des entreprises internationales et des gouvernements.

Ces analyses correspondent chacune à des anticipations de crises aigues qui permettent aux entreprises de mettre en œuvre des PCA (Plan de Continuité de l'Activité) -

AMI OIMC NORD se déplace régulièrement, à la demande des Ministères, des Entreprises ou des Organisations économiques et assure dans le monde, des séries de conférences géopolitiques, sur le « profilage prédictif » sur
chaque zone sensible et ou rien ne semble à priori se passer. 

Le site AMI OIMC NORD a désormais trois ans d'existence, notre site internet versatile au sens anglo-saxon, a été
consulté 600601 fois, soit une fréquentation moyenne de 20000 vues /mois, sans aucuns supports publicitaires.

En savoir plus : https://www.ami-oimc.org/presentation/

Les tragiques événements au Burkina Faso à Ouagadougou du 2 mars 2018, ont été profilés à l'aide d'un « Codex à clé », c'est le premier principe de base, puis développé de manière plus factuelle par la suite. 

Ces textes sont des avertissements qui convient de lire de manière prédictive et d'y rechercher les mots clés qui déterminent l'imminence d'une tragédie humaine. C'est aux autorités, aux entreprises de « lire à travers les lignes » et de prendre des dispositions leur évitant des pertes humaines ou des pertes financières, mais essentiellement d'anticiper le niveau de protection de leurs ressortissants.

Ci- après, le codex Burkinabé écrit le 23 Février 2018 : « Le Bureau des sacrifices »

Le Bureau des Sacrifices

Avant que de mettre en place une véritable batterie d'études d'impacts environnementales et sociales ainsi que de plan de  déplacement, d'indemnisation et de compensation des personnes et des biens affectées par les projets miniers, les autorités locales et coutumières, les dirigeants miniers doivent suivre un parcours initiatique liés à des traditions séculaires transmises de génération en génération.

Au Burkina Faso, aspects coutumiers et institutions régaliennes constituent des passages étroits cernés de précipices en passant sur des ponts suspendus de bois et de lianes.

Ici, le respect de la parole orale est sacré, se cacher derrière le droit naturel engage des rapports de forces tels, qu'il est impossible pour un dirigeant minier fut il enfant du pays, de l'ignorer, tant les esprits des ancêtres convoqués tournent autour de cette terre aride et de ravines de sables du pléistocène. Le dirigeant minier doit se garder du regard inquisiteur des djinns qui l'environne.

Un projet Minier dérange et arrange les Hommes, les prémisses doivent être respecté dès le début sous peine de ne pouvoir explorer ou exploiter un site minier ou de ne point trouver travailleur qui entend la voix des esprits en prétendant que le site est envahi par des êtres malfaisants et désirent ardemment demeurer seul gardien des lieux sacrés.

Dans le cadre des réunions d'échanges avec une compagnie minière Burkinabé et Canadienne, ceux qui foulèrent les premières mottes de terres durent se prosterner aux pieds des sacrificateurs du premier poulet et puis du second poulet. Prémonition ou choix délibéré, mort au   poulet degeseni dont les plumes blanches « déchirées » lui donnent l'apparence d'avoir une toison de mouton, ce qui lui vaut d'être, dans le code, l'équivalent d'un ovin, mais aussi pour le Burkina Faso, « la Toison d'or »

Face contre terre, les paumes des joues rouge latérite, des hommes en costumes et cravates durent se prosterner paumes contre terre. 

Les dirigeants Burkinabé, le visage impavide, mais légèrement mal à l'aise aussi, se rappellent encore les visages pâles des dirigeants Canadiens s'inclinant dans la terre rouge gorgée de pépites d'un jaune éclaboussant, ils savent aussi que dans ce pays, du nord au sud, de l'est à l'ouest, on est depuis longtemps habitué à ces rites traditionnels avec les populations .

Tout sacrifice commence par des discours. Le sacrifiant en premier, puis le sacrificateur (ou, si le sacrifiant est également sacrificateur, une personne désignée pour l'office liturgique d'orant) reprend les discours et les prières qui avaient été dits devant l'autel lors du rituel préalable du « dépôt de la cendre ».

Tout d'abord c'est à nouveau de la cendre que l'on dépose sur l'autel en prononçant une courte prière. Cela ne souffre pas d'exception : la cendre est acceptée par toutes les entités spirituelles.

La cendre va jouer ici son rôle de médiation et introduire aux actes qui vont suivre ; de plus, par sa seule présence, elle va rappeler le « contrat » qu'elle avait servi à sceller et témoigner de son imminente exécution. On notera également au passage que c'est conformément à sa nature de « liquide sec » qu'elle est employée ici à titre de libation et cela conjointement avec de la bière de mil ou de l'eau pure des libations exclusivement réservée aux autels

Or, en Afrique la Bière c'est aussi important que l'eau est rare et sa consommation permet de sceller bien des amitiés, parfois c'est le rituel du thé.

Fasciné par l'arme tranchante et d'un noir de jais et le pacte de sang qu'ils devront signer, il faudra bien du temps aux actionnaires pour comprendre qu'on ne transige jamais avec les esprits du sable et de la savane.

Tandis qu'ils détournent les yeux du sol, ils voient le sacrificateur qui commence par introduire la lame de son couteau entre les deux parties du bec pour inciser la commissure et faire apparaître du sang. Le poulet étant aussitôt saisi par les pattes et placé tête en bas, des gouttes de sang coulent à terre, Il redresse ensuite le poulet et prélève de la main droite des plumes du dos et de la main gauche des plumes à la naissance de la queue, ces plumes sont collées sur le sang versé.

C'est alors que la gorge du poulet est tranchée d'un coup rapide de couteau. Prenant dans sa main droite l'animal qui se débat, fait en sorte que le sang coule, abondamment cette fois, sur les plumes posées à même la terre si proche des têtes et enfin il jette au sol le poulet, sur sa droite. Chacun observant les soubresauts de la victime et de la position qu'elle prend dans la mort on conclut à l'acceptation (si le poulet est renversé sur le dos) ou au refus du don par le destinataire sacré. Un second poulet est cependant requis pour le jeter cette fois ci du bon côté.

Remontant plus haut dans le nord, dans la steppe sahélienne, aux frontières de vallons, d'arbres séculaires et de pierre précieuses, nous trouvons des cabanes et des huttes construites à la hâtes. Sur  ces petits mornes et vallons se trouve  des montagnes d'or ou les hommes viennent s'y fourvoyer comme dans un dédale labyrinthique.

C'est la région par excellence du nomadisme et du pastoralisme transhumant, ou tous les peuples s'entrechoquent, s'estiment et se combattent aussi : Peuls, Daza, Zaghawa, Beja, Afar, Somali, Touaregs, Baggara se croisent et s'entrecroisent telle une sarabande endiablée ; De grands troupeaux y parcourent de petites distances lors de la transhumance saisonnière.

Toute culture pluviale ne dépend que de la « pluie des Mangues ». Ce fut la région du commerce caravanier qui perdurent et se heurtent sans cesse à la « Mine d'or », cet espace fermé et si mystérieux qu'il en deviendrait presque « tabou ».

Lors d'une séance d'échanges avec les populations affectées par les projets miniers à la frontière sahélo malienne, l'on y trouve à s'abreuver à toutes les sources : celle de l'hospitalité, celle de la convivialité, celle des rires mais aussi celle des moments d'exaspération lorsque l'on parle de la « mine ».

Les mines se ferment et le chef coutumier tout de bleu vêtu, un collier Béla autour du cou  nous foudroient des yeux et se lève  brutalement de sa chaise,  il  parle en français  mais pense en langue des Moose, en Diuaoulakan ou en langue des Diuoula voire en fulfude, sa main avec sa canne de chef  se lève et   tournoie au-dessus de sa tête couronnée d'une coiffe traditionnelle , il vocifère un moment et dit à peu près ceci  «  si la route que nous attendons  tous depuis tant d'année n'est pas goudronnée par la mine, ma canne se transformera en  serpent  puis son dars en Sabre ».

Soudain apaisé, nous sachant être que de « simple messager », le chef se rassied, sur l'injonction de son maire puis nous fit un large sourire éclatant de blancheur zébrant la pièce d'éclairs blancs dans l'éther sec, dans ces prunelles subsistant à peine l'éclat d'un trait fulminant qui affecta durablement nos consciences.

Le 23 Février 2018 :  Après notre retour de mission au Burkina Faso à Ouagadougou et des zones sahéliennes.

NB : Le 02 mars 2018 Le Groupe pour le soutien de l'islam et des musulmans (GSIM), Dirigé par le Touareg malien Iyad Ag Ghaly, a revendiqué les attaques de vendredi à Ouagadougou ;