Le monde marque à Hiroshima les 70 ans du premier bombardement nucléaire

06/08/2015 05:51

On estime à 140 000 le nombre de... (Photo Toru Hanai, Reuters)

On estime à 140 000 le nombre de morts, au moment de l'impact puis ultérieurement, sous l'effet de l'irradiation.Photo Toru Hanai, Reuters

Quentin TYBERGHIEN, Kazuhiro NOGI Agence France-Presse HIROSHIMA

Le monde a marqué jeudi par une cérémonie à Hiroshima le 70e anniversaire du premier bombardement nucléaire de l'histoire, qui conduisit à la capitulation du Japon et à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

À 8h15 (19h15, une jeune femme et un écolier ont frappé une grande cloche d'une longue poutre de bois suspendue, immuable geste accompli à l'heure précise où un bombardier américain B-29 baptisé Enola Gay, volant à haute altitude, largua une bombe à uranium et sema le feu et la mort sur cette grande ville japonaise.

Au son mourant de la puissante cloche puis enveloppée du seul chant des cigales, omniprésent l'été au Japon, une foule de 55 000 personnes s'est recueillie dans le Parc mémorial de la paix de cette cité de 1,2 million d'habitants de l'ouest de l'archipel devenu un symbole du pacifisme.

Dotée d'une force destructrice équivalente à 16 kilotonnes de TNT, la bombe avait porté la température à 4000 degrés au sol, anéantissant tout alentour. On estime à 140 000 le nombre de morts, au moment de l'impact puis ultérieurement, sous l'effet de l'irradiation.

«Pour coexister, nous devons abolir le mal absolu et le comble de l'inhumanité que représentent les armes nucléaires. Il est temps maintenant d'agir», a déclaré après la minute de silence le maire de la ville, Kazumi Matsui, dans un discours, avant de laisser la parole à de jeunes enfants.

Le premier ministre Shinzo Abe était là, entouré des représentants de 100 pays, le plus grand nombre jamais présent aux cérémonies de Hiroshima. Parmi eux, l'ambassadrice des États-Unis au Japon, Caroline Kennedy, et la sous-secrétaire américaine chargée du contrôle des armements Rose Gottemoeller, plus haut responsable américain jamais envoyé de Washington pour les commémorations annuelles.

«En tant que seul pays frappé par l'arme atomique (...) nous avons pour mission de créer un monde sans arme nucléaire», a déclaré M. Abe à la foule. «Nous avons la responsabilité de faire comprendre l'inhumanité des armes nucléaires, à travers les générations et les frontières», a-t-il poursuivi.

Le premier ministre a précisé que son pays présenterait une nouvelle résolution destinée à abolir l'arme nucléaire à l'Assemblée générale de l'ONU cette année.

Trois jours plus tard, Nagasaki

«C'était une lueur soudaine, blanche, argentée», avait raconté récemment à l'AFP Sunao Tsuboi un survivant âgé de 90 ans, «je ne sais pas pourquoi j'ai survécu et vécu si longtemps. Plus j'y pense, plus ce souvenir est douloureux».

Alors jeune étudiant, il se trouvait à environ 1,2 kilomètre de l'impact. Lorsqu'il s'est relevé, sa chemise, son pantalon et sa peau flottaient en lambeaux, des veines pendaient de ses plaies, une partie de ses oreilles manquait. Il avait alors vu une adolescente dont le globe oculaire droit pendait sur le visage et, non loin, une femme tentait vainement d'empêcher ses intestins de tomber.

Trois jours après Hiroshima, l'armée américaine a largué une bombe au plutonium sur la ville portuaire de Nagasaki, tuant quelque 74 000 personnes. Ces deux bombes ont porté un coup final au Japon impérial, qui s'est rendu le 15 août 1945, marquant le terme de la Seconde Guerre mondiale.

Sept décennies plus tard, l'usage de l'arme atomique à la fin de la Seconde Guerre mondiale divise encore les opinions. Certains historiens estiment que celle-ci a épargné un bien plus grand nombre de victimes en évitant une attaque terrestre de l'archipel nippon, d'autres que le Japon était de toute façon proche de la défaite et que les deux bombes n'étaient pas nécessaires pour mettre fin au conflit.

Cinquante-six pour cent des Américains considèrent que les attaques nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki étaient justifiées, selon un sondage réalisé en février par l'institut de recherche américain Pew Research Center. 79% des Japonais interrogés par ce think tank pensent au contraire qu'elles étaient injustifiées.

Paul Tibbets, pilote de l'Enola Gay, avait dit dans une interview en 2002, cinq ans avant sa mort: «Je sais que nous avons fait ce qu'il fallait».

Washington, allié très proche de Tokyo depuis la guerre, n'a jamais exprimé d'excuses officielles pour ces bombardements.