Le nouveau gisement de croissance de la finance: les produits d'investissement islamiques

21/11/2014 06:07

KARIM SAHIB / AFP

Une partie croissante du monde est musulmane, et cette population intéresse de plus en plus le secteur financier, d'autant que parmi ces croyants, on trouve beaucoup d'investisseurs potentiels avec des fortunes importantes.

Cependant, comme l'Islam impose un certain nombre de restrictions sur les activités dans lesquelles les fidèles peuvent investir leur argent, on assiste à l'émergence d'un marché florissant basé sur les investissements conformes à la charia, rapporte Le Temps.

Selon les projections, en 2050, près de 30% du monde seront musulmans, ce qui correspond à une population de 2,6 milliards de personnes.

La communauté musulmane est déjà majoritaire dans 56 pays, et certains d'entre eux jouissent d'une économie dynamique à croissance rapide. En tête de ces nations, on retrouve la Malaisie, l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l'Afrique du Sud.

Les actifs combinés du marché qu'ils représentent pèsent plus de 1600 milliards de dollars, dont 1.300 milliards de dollars placés sur des comptes bancaires.

Et de plus en plus, les places financières internationales, notamment la City de Londres et la Suisse, commencent à concevoir des produits d'investissement satisfaisant aux critères éthiques et sociaux déterminés pour répondre à cette demande croissante.

Cette démarche est comparable à celle des investisseurs occidentaux qui souhaitent investir dans des produits «socialement responsables» : les investisseurs musulmans souhaitent investir leur argent en conformité avec les principes de la charia.

Pas d'alcool, ni de pornographie ou d'armes

Certains secteurs doivent être proscrits, notamment ceux de l'alcool, du tabac, des armes, de la pornographie et du jeu, mais aussi de la viande de porc. De plus, la charia interdit toutes les transactions basées sur le calcul d'un intérêt (riba).

Sur les dernières années, les institutions financières d'investissements islamiques ont conçu des produits spécifiques pour répondre à ces contraintes.

Le sukuk, par exemple, porte sur des produits obligataires qui peuvent être investis sur des actions, des sociétés de capital d'investissement, ou des biens immobiliers, par exemple.

Pour éviter que le coupon ne provienne des intérêts, ces produits sont adossés à d'autres types de revenus (fermage, loyer, ou bénéfice).

Ils sont également acceptés sur les marchés financiers occidentaux.

Les sukuks ont souvent une maturité plus courte, ils sont moins volatiles que les autres produits, et ils ne réagissent pas nécessairement comme les autres catégories de produits financiers.

Pour ces raisons, ils peuvent aussi intéresser des investisseurs non-musulmans qui recherchent des produits défensifs pour leur portefeuille.

En outre, leur solvabilité est en général bonne, parce que la charia s'oppose également à un endettement excessif.

De nos jours, une vingtaine de sukuks, représentant 50 milliards de dollars, sont émis chaque année, et le montant total commercialisé atteint 250 milliards de dollars.

Apple est tabou

Les investissements dans les sociétés à forte liquidité sont également interdits par la charia, et ce d'autant plus que ces sociétés placent ces liquidités dans des produits porteurs d'intérêt.

Pour cette raison, les musulmans ne peuvent pas investir dans les sociétés telles qu'Apple, qui ont accumulé des réserves de trésorerie très importante.

De plus, les investissements dans le secteur financier sont également interdits.

Les investisseurs musulmans placent donc leurs actifs en priorité sur des investissements dans d'autres secteurs ayant de bonnes perspectives à long terme, tels que la santé et l'énergie.

Dans le monde entier, on compte aujourd'hui plus de 900 fonds d'investissement islamiques avec un portefeuille de plus de 50 milliards de dollars, pour la plupart enregistrés en Asie ou dans les pays arabes, mais le Luxembourg (110 fonds), l'Irlande (50 fonds) et Jersey (30 fonds) se sont aussi déjà positionnés sur ce marché.