Le Parlement européen envisage d'exclure la Russie du réseau interbancaire SWIFT

22/09/2014 09:05

Le Parlement européen en 2007  L'agence de presse russe Ria Novosti rapporte que jeudi dernier, le Parlement européen a voté une résolution pour envisager d'empêcher la Russie d'avoir accès au système international de la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication, SWIFT. 

SWIFT est un système qui relie ensemble 10.000 institutions financières de 210 pays, en leur fournissant l'infrastructure nécessaire pour leurs opérations interbancaires.

La plupart des opérations impliquant deux banques différentes sont gérées par l'intermédiaire de ce système, et chaque jour, il prend en charge une multitude de transactions (21 millions de messages financiers en juillet 2014), portant sur 6 milliards de dollars. 

Comme SWIFT a son siège en Belgique, il est soumis à la loi belge, et donc à la loi européenne.

A la fin du moins d'août, Bloomberg avait indiqué que le Premier ministre Britannique, David Cameron, avait l'intention de formuler cette suggestion lors d'une réunion des dirigeants européens à Bruxelles.

« Une exclusion de SWIFT ne bloquerait pas les plus grands accords commerciaux, mais elle causerait des problèmes dans les opérations bancaires transfrontalières et cela pourrait désorganiser les flux commerciaux », a etimé Chris Weafer de la société de consultance Macro Advisory basée à Moscou. 

« En cas de déconnexion du système SWIFT, les banques russes ne pourront plus gérer leurs comptes de correspondance à l'étranger, ni même effectuer des opérations en devises sur le marché intérieur », explique Charles Sannat sur son blog « Le Contrarien ».

« Il n'y a aucun doute qu'à court terme, restreindre l'utilisation de SWIFT pour les Russes serait très perturbant pour les activités commerciales et financières de la Russie.

Cependant, cela pourrait comporter un inconvénient de long terme, c'est-à-dire la probabilité qu'une grande quantité de flux financiers internationaux russes soient déplacés sur des canaux financiers beaucoup moins surveillés et mesurés et qu'ils sortent du cadre des sanctions dans un certain avenir », estime Richard Reid, un chercheur en finance et réglementation de l'Université de Dundee au Royaume-Uni.

Sannat estime que l'UE prend des risques inconsidérés en excluant la Russie du système Swift :

Nos eurocrates, qui sont en réalité des europathes, agitent une fois de plus le torchon sous le museau frémissant de l'ogre russe.

Il ne faut pas se leurrer, exclure la Russie du système SWIFT c'est exclure la Russie de l'économie mondiale et ce faisant pousser la Russie vers des chemins qu'aucun peuple saint d'esprit ne souhaiterait emprunter.

Les USA avaient fait exactement la même chose à la fin des années 30 en imposant un blocus total au Japon.

Acculé, poussé à agir, le Japon a déclaré la guerre aux États-Unis d'Amérique ».

Jacques Attali, qui a été conseiller de l'ancien président français François Mitterrand, juge aussi que la politique qui est menée à l'égard de la Russie pourrait nous mener à une guerre.

Sur Slate, il rappelle que le traité de Versailles de 1919, qui a humilié l'Allemagne, est largement responsable de l'ascension du nazisme, de même que le refus de faire entrer la Turquie dans l'Union Européenne en 1995 l'a humiliée et poussée à se tourner vers un islamisme modéré, mais qui pourrait « en faire un jour un ennemi », ou encore comme le démantèlement de l'armée de Saddam Hussein a jeté les bases de la création d'un « soi-disant Califat islamique, prétendant aujourd'hui rassembler tous les musulmans humiliés du monde, dans un combat mortel contre l'Occident » :

Enfin, aujourd'hui, humilier la Russie, en prétendant l'isoler du reste du monde, sous prétexte qu'elle n'a pas accepté que les russophones d'Ukraine y soient traités comme des citoyens de seconde zone, peut conduire à en faire un ennemi qu'il faudra un jour combattre ».

Il avertit que ces tactiques d'humiliation pourraient mener à une troisième guerre mondiale, et propose de leur substituer une politique de dialogue :

« Pour que tout cela ne dégénère pas, il est urgent que l'Occident adopte avec les arabes, les Turcs et les Russes la même attitude qu'avec l'Allemagne en 1945: les considérer, ne rompre aucun contact avec eux, les maintenir dans les cercles du pouvoir, leur proposer des projets communs.

Et en particulier, avec les Russes, interrompre un boycott qui ne nuit qu'à l'Europe; et les associer à l'effort de guerre contre un islam radical qu'ils affrontent tous les jours dans le Caucase. »

https://www.express.be/business/fr/economy/qui-seme-le-vent-recolte-la-tempete-le-parlement-europeen-envisage-dexclure-la-russie-du-rseau-interbancaire-swift/207972.htm