Lech Walesa: 'La Russie a toujours besoin d'un ennemi pour des raisons purement internes'

13/10/2014 09:27

La Russie se comporte comme un tyran et il faut mettre en place un dispositif de dissuasion pour lui rappeler qu'en cas d'agression, elle s'expose à des représailles, a estimé Lech Walesa, ancien chef du parti Solidarnosc et ancien président polonais, dans une interview avec le journal italien La Stampa.

Aujourd'hui âgé de 71 ans, Walesa a obtenu le Prix Nobel de la Paix en 1983, et même s'il ne participe plus activement à la vie politique de son pays, il est encore très écouté, et respecté pour ses idées parfois iconoclastes.

« Si Poutine nous menace en nous disant +Attention, j'ai l'arme nucléaire+, l'OTAN doit se tenir prêt à répondre :+Nous en avons deux fois plus+ », dit-il. Il affirme que « Poutine est irresponsable et qu'il veut semer l'agitation et la confusion en Pologne comme il l'a fait en Ukraine ».

Pour Walesa, la dissuasion est la meilleure politique : « Nous voulons que l'OTAN nous confie les meilleurs missiles à sa disposition, qu'il les installe ici, et qu'il les pointe dans la bonne direction ».

Mais l'ancien président polonais précise que la Pologne n'a aucune intention belliqueuse, mais qu'elle doit manifester qu'elle se tient prête à se défendre en cas d'agression. « Si Gdansk est envahie un jour, nous attaquerons Moscou.

C'est de l'auto-défense, mais de toute évidence en concertation avec l'OTAN. Mais nous ne les laisserons pas nous vaincre, et il faut qu'ils le sachent ».

Lorsqu'on lui demande si cela ne peut pas s'interpréter comme un retour de la Guerre Froide, Walesa explique qu'il n'y a pas d'autre choix : « Nous aimons la Russie, mais il faut qu'elle cesse ses manœuvres d'intimidation. Nous avons besoin de la Russie, mais d'une Russie civilisée. Ils ont toujours besoin d'un ennemi, pour des raisons purement internes. Le capitalisme, les Etats-Unis, l'Europe. Maintenant, ils choisissent de plus petits ennemis, mais c'est une erreur ».

Il estime que le conflit ukrainien ne repose que sur une erreur de jugement : « Ils ne pensaient pas qu'il y aurait autant de résistance en Ukraine. Ils ont choisi un ennemi qui était trop fort et ils ne savent plus comment s'en sortir. Quant à penser qu'ils auront une autre chance... »

« Il y a 25 ans, j'étais convaincu que la Russie allait provoquer le soulèvement des minorités agressives dans le bloc de l'Est. Il faut beaucoup de temps pour faire des réformes, ils pouvaient se reposer sur ces minorités en surfant sur le mécontentement, puis en gagnant les élections législatives, et en annexant les pays. Ils auraient pu reconstruire l'Union Soviétique, mais maintenant, ils ont choisi de prendre les armes, et c'est une erreur, la sorte d'erreur qui est vouée à l'échec ».

L'ancien chef d'Etat polonais pense que la Russie parviendra à devenir une véritable démocratie, mais qu'elle a 30 ans de retard.

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