'Les entreprises de technologies détiennent un gigantesque stock d'informations intimes concernant leurs clients'

23/11/2014 08:26


Les déclarations récentes d'Emil Michael, Senior Vice President du service de mise en contact de clients avec des services de transport de personnes Uber, viennent de rappeler douloureusement les risques posés par la collecte de données à caractère personnel effectuées par un grand nombre de sociétés de technologie.

 Encore aujourd'hui, le consommateur est presque sans défense contre les organisations qui ont organisé la collecte de données personnelles sur une vaste échelle.

Emil Michael avait suggéré au cours d'un dîner qu'il allait engager une équipe de professionnels spécialisés pour trouver des informations potentiellement embarrassantes sur les journalistes qui adoptaient un discours critique à l'égard de la société Uber.

Michael ciblait plus particulièrement  Sarah Lacy, une journaliste qui avait souligné la culture sexiste au sein d'Uber dans un article.

La volonté de nuire, couplée à celle d'exploiter les données personnelles des utilisateurs a déclenché un véritable tollé sur les medias sociaux, et la création d'un « hashtag » dédié, «#ubergate » sur Twitter.

Immédiatement, des internautes ont rappelé d'autres incidents, et notamment celui au cours duquel un cadre d'Uber avait posté un article de blog en 2012 dans lequel il avait analysé les courses des clients qui avaient utilisé le service après s'être rendus à des rendez-vous galants au cours de la nuit, ce qu'il avait surnommé « Les courses de la gloire » ('The rides of Glory').

Tous ces incidents montrent que les compagnies de haute technologie peuvent abuser des gigantesques stocks d'informations personnelles qu'elles accumulent sur leurs serveurs, qu'elles ont des politiques d'utilisation des données très variables et qu'il existe très peu de restrictions légales dans l'utilisation qui peut être faite de ces données, souligne le Washington Post.

Nous n'avons jamais été plus vulnérables face au risque d'extorsion des données », affirme Chris Hoofnagle, professeur de droit de l'Université de Californie, qui est spécialisé sur la vie privée en ligne. Il estime qu'il est impératif de prendre conscience de la menace que posent les prestataires de services.

Le Washington Post souligne que ce problème ne se limite pas à Uber. Même les plus grandes entreprises de technologie, comme Facebook et Google, ont déjà été associées à des problèmes de confidentialité, mais cela s'applique également aux agences gouvernementales. Ainsi, plusieurs employés du Département d'Etat avaient eu accès aux données relatives au passeport de Barack Obama, alors qu'il n'était encore que candidat à la présidence des Etats-Unis.

« À une ère où nos données personnelles atterrissent dans des bases de données, des individus peuvent les utiliser pour leurs propres intérêts malhonnêtes », commente Christopher Soghoian, spécialiste de la technologie auprès de l'American Civil Liberties Union (ACLU). Actuellement, la réglementation pour protéger les clients de l'usage abusif de leurs données personnelles par des entreprises est très mince.

La Federal Trade Commission des États-Unis est intervenue dans les cas de violation des chartes de collecte et d'utilisation des données personnelles des entreprises, mais elle n'exerce aucun contrôle sur ​​les clauses insérées dans ces chartes. Celles-ci sont souvent rédigées par les avocats de la société.

Ron Clinton, président de la D.C. Taxicab Commission, affirme qu'Uber utilise les données personnelles pour gagner un avantage concurrentiel sur les entreprises de taxis classiques. « La plus grande partie de leur business plan est d'amasser la plus grande base de données des habitudes de consommateurs que le monde ait jamais connue», dit-il.

Uber a présenté des excuses publiques pour les propos d'Emil Michael. « Uber a une politique stricte interdisant à tous ses employés à tous les niveaux d'accéder aux données de ses utilisateurs ou de ses chauffeurs. La seule exception à cette politique concerne un ensemble limité d'objectifs commerciaux légitimes ».

https://www.express.be/business/fr/technology/les-entreprises-de-technologies-detiennent-un-gigantesque-stock-dinformations-intimes-concernant-leurs-clients/209402.htm