Les Kurdes syriens fuient par dizaines de milliers l'avancée djihadiste

20/09/2014 17:58

En raison des combats et craignant les terribles... (Photo BULENT KILIC, AFP)

En raison des combats et craignant les terribles exactions de l'EI, quelque 60 000 Kurdes ont pris la fuite pour se réfugier en Turquie depuis jeudi.Photo BULENT KILIC, AFP

Bulent KILIC Agence France-Presse FRONTIÈRE SYRO-TURQUE

Des dizaines de milliers de Kurdes ont fui le nord de la Syrie pour la Turquie voisine devant la progression  des djihadistes de l'État islamique (EI), l'opposition syrienne mettant en garde samedi contre un «nettoyage ethnique».

À Washington, le président Barack Obama a annoncé qu'il profiterait de l'Assemblée générale de l'ONU la semaine prochaine pour appeler à une plus large coalition internationale contre l'EI, un combat dans lequel «tous les pays, y compris l'Iran» ont un rôle à jouer, selon chef de la diplomatie John Kerry.

Alors que ce groupe extrémiste sunnite est responsable de viols, rapts et décapitations dans les régions sous son contrôle en Syrie et en Irak, 46 Turcs qu'il détenait en Irak depuis le 11 juin ont retrouvé la liberté au terme, selon le président turc, d'une «opération de sauvetage» des forces spéciales.

Depuis mercredi, les combattants djihadistes ont avancé dans le nord-est de la Syrie prenant le contrôle de 60 villages kurdes en direction de Aïn al-Arab (Kobané en kurde), la troisième ville kurde du pays située près de la frontière turque, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Face à la progression djihadiste, quelque 300 combattants kurdes de Turquie sont venus en Syrie prêter main-forte à leurs frères d'armes syriens et défendre Kobané, a ajouté l'ONG.

En raison des combats et craignant les terribles exactions de l'EI, quelque 60 000 Kurdes ont pris la fuite pour se réfugier en Turquie depuis jeudi, a annoncé le vice-premier ministre turc Numan Kurtulmus.

Les soldats turcs ont ouvert les barbelés séparant les deux pays en plusieurs points pour faciliter leur passage.

«L'EI a menacé tout le monde»

Samedi encore, des milliers de Kurdes venant de Kobané ont pu traverser la frontière. D'autres villageois, dont de nombreux enfants et vieillards, portant ballots et valises, parfois accompagnées de chèvres, attendaient, dans la chaleur et la poussière, de pouvoir passer eux aussi.

Ahmet Mer Hadi, 37 ans, explique avoir marché «cinq heures» avant d'atteindre la frontière. «Nous avons tout laissé derrière nous. À Kobané, je vendais de l'essence, maintenant je n'ai plus rien».

«L'EI est venu dans notre village et a menacé tout le monde. Ils l'ont bombardé et ont détruit les maisons. Ils ont décapité ceux qui sont restés», raconte un autre réfugié Mohammed Issa, 43 ans, qui a fui avec sa famille.

Selon le chef de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, «il y a 800 habitants des villages (pris par l'EI) dont le sort est inconnu». Le groupe extrémiste a exécuté au moins 11 civils, a-t-il ajouté.

L'opposition syrienne en exil a appelé la communauté internationale, «à agir d'urgence pour prévenir un nettoyage ethnique» à Kobané.

46 Turcs détenus par l'EI libérés

L'EI a été accusé de nettoyage ethnique et de crimes contre l'Humanité par l'ONU, notamment après avoir avancé dans le nord de l'Irak poussant à la fuite des centaines de milliers d'Irakiens, principalement des membres de minorités.

Dans sa stratégie antidjihadistes annoncée le 10 septembre, M. Obama, dont le pays mène des frappes contre les positions de l'EI en Irak depuis le 8 août, a affirmé qu'il était prêt à faire de même en Syrie, mais aucune action militaire n'a encore été entreprise dans ce pays.

Le président américain, qui a exclu des troupes au sol en Irak comme en Syrie, a aussi obtenu l'accord du Congrès pour entraîner et mieux équiper les rebelles modérés syriens pour qu'ils puissent faire face à l'EI.

Il a estimé que plus de 40 pays avaient proposé de participer à la coalition initiée par son pays pour «détruire» le groupe djihadiste qui a aussi décapité deux journalistes américains et un humanitaire britannique.

Son chef de la diplomatie a estimé que l'Iran, considéré jadis comme l'un des pires ennemis des États-Unis, avait «un rôle» à jouer dans la lutte contre l'EI, même s'il n'est pas question de le faire pour autant participer à la coalition.

Parmi les partenaires des États-Unis, la France a été le premier pays à se joindre à la campagne aérienne américaine dans le nord de l'Irak.

C'est dans cette région, à Mossoul, que 46 Turcs avaient été enlevés aux premiers jours de l'offensive de l'EI en Irak. Ils ont été libérés et sont arrivés le matin en Turquie, sains et saufs, a annoncé le premier ministre Ahmet Davutoglu.

Parmi les otages figuraient le consul général et son épouse, des diplomates et leurs enfants, ainsi que des membres de forces spéciales turques.

La Turquie, voisine de l'Irak, avait refusé de participer militairement à la coalition antidjihadistes, arguant de sa volonté de protéger la vie de ses otages. Elle a été accusée d'avoir armé des groupes islamistes hostiles au régime de Damas, dont l'EI, ce qu'elle a toujours nié.