L'Europe est divisée en deux clans: les GAFs s'opposent aux FIGs

14/10/2014 07:42

- Fissure -  Aldo Solimano

Les conflits que l'on observe en Europe entre les deux groupes d'économies ayant des priorités différentes en Europe devraient s'intensifier, et se solder par la fin de la monnaie unique, a estimé l'investisseur américain Dennis Gartman.

Dans le bulletin qu'il envoie à ses clients, The Gartman Letter, Gartman présente la zone euro comme une zone divisée en deux groupes de pays.

D'un côté, le front des Etats forts, qu'il appelle les GAFs et qui comprend entre autres l'Allemagne, l'Autriche et la Finlande. Ces pays ont des économies encore fortes, avec un faible taux de chômage, et ils s'opposent à une politique monétaire de type « quantitative easing », telle que l'a pratiquée la Fed aux Etats Unis, ou l'achat de titres par la BCE pour injecter des liquidités dans le secteur bancaire.

Face aux GAFs on a  les FIGs, c'est-à-dire les pays tels que la France, l'Italie et la Grèce, qui se caractérisent par un taux de chômage moyen de l'ordre de 20%, et une économie en difficulté, et qui souhaitent qu'une politique monétaire accommodante soit menée, avec des mesures pour augmenter les liquidités dans l'économie.

Gartman estime que les fluctuations que nous avons observées sur les marchés financiers la semaine dernière sont largement liées à ce qui se passe au sein de la zone euro, et notamment aux  remarques que le patron de la Banque Centrale Européenne (BCE), Mario Draghi, a émises jeudi.

Alors qu'il avait promis de faire « ce qu'il fallait pour sauver l'euro » en 2012, Draghi souligne désormais de plus en plus souvent que la politique monétaire ne peut pas résoudre tous les problèmes, et qu'il est nécessaire que les gouvernements mettent en place des réformes structurelles pour augmenter la flexibilité du marché du travail et favoriser la croissance.

Pour l'instant, Gartman estime que ce sont les GAFs qui sont parvenus à imposer leur point de vue, et c'est ce qui a perturbé les marchés financiers qui sont devenus dépendants des largesses des banques centrales. Mais il pense que les différences de priorités économiques au sein de la zone euro menacent la monnaie unique :

L'euro, nous le craignons, est voué à l'échec, à ce point précis.

La colère politique qui s'est manifestée lors des batailles pour la désignation du cabinet complet de la Commission Européenne dirigée par Jean-Claude Juncker (...) devrait exploser à plein dans les prochains jours.

Les pays FIGs ne peuvent plus se soumettre à plus d'austérité.

L'austérité, avec plus de 20% de chômage, est une absurdité économique.

D'un autre côté les GAFs, qui ont moins de 6% de chômage, qui n'ont réellement pas besoin d'une politique d'expansion monétaire, peuvent se soumettre à un conservatisme fiscal, et ils vont se battre pour ces deux choses ».

Les marchés sont devenus très fluctuants, et de plus en plus imprévisibles, et Gartman observe que les capitaux fuient vers des valeurs refuges comme le dollar et le yen.

Il estime qu'il s'agit d'une tendance durable :« C'est là que se situe le tourment qui perturbe l'Europe. (...) C'est ici que se situe la raison pour laquelle l'euro sera mis en pièces comme il doit l'être. Ce qui est nécessaire aux GAFs, les GIFs n'en ont pas besoin, et ce dont les FIGS ont besoin, les GAFs ne le veulent pas. »

La relation entre le duo allemand formé par le patron de la Bundesbank Jens Weidmann, et le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble d'un côté, et le président de la BCE Mario Draghi de l'autre côté, est désormais très tendue.

Les Allemands reprochent à la BCE de prendre trop de risques, ils redoutent qu'elle rachète des titres risqués provenant de pays tels que la Grèce ou Chypre, dont le rating est mauvais, et qu'elle dénature la qualité de son bilan avec ce type d'actifs. Ils y voient une socialisation du risque totalement exclue par le mandat de la BCE.

Selon le journal allemand Handelsblatt, Draghi aurait donc abandonné son programme de rachat d'actifs bancaires suite au rejet des Allemands. Handelsblatt évoque même « un nouvel âge de glace » à propos de ce contexte.

Jusqu'à présent, ce sont les GAFs qui ont mené la danse, mais beaucoup de choses devraient dépendre de la façon dont l'économie va se développer au sein de la zone euro dans les semaines et mois à venir.

https://www.express.be/business/fr/economy/leurope-est-divisee-en-deux-clans-les-gafs-sopposent-aux-figs/208503.htm