L'ONU craint «une guerre totale» en Ukraine

13/11/2014 18:32

Des soldats ukrainiens font face à des civils... (PHOTO MANU BRABO, ARCHIVES AP)

Des soldats ukrainiens font face à des civils prorusses bloquant une route au sud de Sloviansk, dans l'Est ukrainien, le 2 mai.PHOTO MANU BRABO, ARCHIVES AP

Ania TSOUKANOVA Agence France-Presse KIEV

La pression internationale augmentait jeudi sur la Russie, menacée de nouvelles sanctions après la confirmation par l'OTAN de l'entrée de troupes russes dans l'Est séparatiste de l'Ukraine où l'ONU a dit craindre une «guerre totale».

La porte-parole du Département d'État américain Jen Psaki a déclaré jeudi que Washington «continuait de travailler» avec l'Union européenne en vue d'éventuelles nouvelles sanctions contre la Russie.

«Nous continuons de travailler étroitement avec l'UE pour voir comment nous pouvons conjointement imposer plus de coûts à la Russie pour son comportement inacceptable», a déclaré Mme Psaki. «Nos alliés et partenaires se préparent avec nous à élargir et à approfondir les sanctions existantes», a-t-elle ajouté.

Mardi, la chancelière allemande Angela Merkel avait toutefois indiqué que l'Union européenne ne prévoyait pas de nouvelles mesures contre la Russie, mise à part la possibilité d'allonger la liste des responsables ukrainiens prorusses visés par les sanctions déjà approuvées.

La Russie est montrée du doigt par Kiev et les Occidentaux pour la dégradation de la situation dans l'est de l'Ukraine où le cessez-le-feu instauré début septembre est moribond alors que plus de 4000 personnes ont déjà été tuées dans cette zone depuis le début des hostilités en avril.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dont les observateurs sont déployés sur le terrain, a confirmé l'arrivée d'équipements militaires en Ukraine, et l'OTAN a affirmé que la Russie était derrière ces renforts.

8000 soldats russes en Ukraine?

Ces deux derniers jours, «nous avons vu des colonnes d'équipements russes, des chars russes, des systèmes de défense anti-aériens russes, de l'artillerie russe, et des troupes de combat russes entrant en Ukraine», a déclaré mercredi le commandant en chef de forces alliées de l'OTAN en Europe Philip Breedlove.

Kiev, qui dénonce depuis vendredi l'entrée de convois militaires sur son territoire en provenance de Russie, a accusé Moscou de préparer une «invasion» massive.

«Selon nos estimations, il y a 8000 soldats russes, voire plus, actuellement sur notre territoire», a déclaré jeudi à l'AFP un haut responsable ukrainien chargé de sécurité sous couvert de l'anonymat.

Moscou a de son côté dénoncé mercredi des accusations «sans fondement» de l'OTAN et des tentatives de susciter un «sentiment antirusse» en Europe, soulignant une «augmentation de la présence militaire étrangère à proximité immédiate des frontières russes».

Le représentant ukrainien à l'ONU Iouri Sergueev a assuré lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU mercredi que la Russie avait également accumulé environ 39 000 militaires, 200 chars, 640 systèmes d'artillerie et plus de 120 avions de combat à la frontière ukrainienne.

L'approche de l'hiver complique considérablement une éventuelle offensive russe en Ukraine, «mais pour l'instant on voit qu'ils s'y préparent et pourraient quand même la lancer», a assuré le haut responsable ukrainien.

Selon lui, les troupes russes et les rebelles pourraient d'abord tenter de prendre la totalité des régions ukrainiennes de Donetsk et Lougansk, dont les séparatistes ne contrôlent actuellement qu'une partie, puis chercher à créer un couloir terrestre vers la péninsule de Crimée, annexée en mars par Moscou.

Alors que Moscou continue de démentir toute implication dans ce conflit, l'ONU s'est déclarée «très inquiète du risque d'un retour à une guerre totale» en Ukraine.

Même avis de l'OSCE, qui a reconnu quelques heures plus tôt que l'afflux d'armes dans les zones rebelles pouvait «mener à une confrontation plus ouverte».

Les hostilités ont gagné en intensité depuis les élections organisées le 2 novembre dans les zones séparatistes, un scrutin rejeté par Kiev et l'Occident, mais reconnu de facto par la Russie.

Jeudi, les combats continuaient à faire rage dans l'Est séparatiste où quatre soldats ukrainiens ont été tués et 18 blessés en 24 heures, selon Kiev.

L'aéroport de Donetsk reste l'épicentre de violents combats, a déclaré le service de presse de l'opération militaire ukrainienne.

Dans la ville de Donetsk, principal fief séparatiste, plusieurs explosions - des bombardements de l'armée ukrainienne, selon les insurgés - ont été entendues mercredi soir jusque dans le centre, selon des journalistes de l'AFP sur place. Dans la matinée, de rares échanges de tirs se sont poursuivis tout près de l'aéroport.