L'UE et le Vietnam franchissent un cap important vers un traité de libre-échange

07/08/2015 20:53

La commissaire européenne chargée du Commerce, Cecilia Malmström... (Photo François Lenoir, Reuters)

La commissaire européenne chargée du Commerce, Cecilia MalmströmPhoto François Lenoir, Reuters

Céline LOUBETTE Agence France-Presse BRUXELLES

L'Union européenne et le Vietnam sont parvenus mardi à un accord politique en vue d'un traité de libre-échange qui verra la disparition progressive de la quasi-totalité de leurs droits de douane et ouvrira aussi le marché vietnamien des services aux entreprises européennes.

C'est un «bon accord», obtenu après deux ans et demi de négociations intenses, s'est réjouie au cours d'une conférence de presse la commissaire européenne chargée du Commerce, Cecilia Malmström, soulignant qu'il allait «donner une impulsion aux échanges commerciaux avec l'une des économies les plus dynamiques d'Asie».

Les principaux obstacles qui demeuraient dans cette négociation ont été levés à la suite d'une conversation téléphonique mardi entre Mme Malmström et le ministre vietnamien à l'Industrie et au Commerce, Vu Huy Tranh, a expliqué la commissaire européenne.

Ce dernier, dans une conférence de presse mardi à Hanoi, a salué un accord qui «intégrera le Vietnam dans l'économie mondiale» et «apportera d'énormes avantages aux citoyens et aux entreprises des deux côtés».

Les échanges bilatéraux ont totalisé 28 milliards d'euros (40 milliards de dollars) l'an dernier, soit un triplement en dix ans, selon la Commission européenne.

Selon l'accord, la quasi-totalité des droits de douane sur les biens échangés entre les deux économies, soit plus de 99%, seront levés soit immédiatement, soit après une période pouvant aller jusqu'à sept ans.

C'est notamment le cas pour les vins et alcools européens, qui ne se verront plus appliquer de droits de douane au Vietnam à l'issue d'une période de sept ans.

De son côté, l'UE éliminera dans le même délai ses propres barrières tarifaires imposées aux textiles et chaussures produits au Vietnam.

Les produits qui en bénéficieront devront respecter des critères stricts concernant leur lieu de production, afin d'éviter que le Vietnam ne serve de cheval de Troie à la Chine pour écouler ses produits textiles sur le marché européen.

Autre restriction: l'importation de certains produits agricoles vietnamiens en Europe ne sera pas totalement libéralisée, mais soumise à des quotas, notamment pour le riz, le surimi ou le thon en boîte.

Les indications géographiques européennes, comme le champagne, le roquefort ou le parmesan, seront protégées.

L'accord ne concerne pas seulement les biens, mais aussi «les services, les investissements et l'accès aux marchés publics», a souligné Mme Malmström, citant les services financiers, les télécommunications ou les transports.

Un marché de 90 millions de consommateurs 

L'accord comprendra enfin des dispositions légalement contraignantes prévoyant des mesures pouvant aller jusqu'à sa suspension en cas de violation des droits de l'homme, a précisé la commissaire.

«Plus de 31 millions d'emplois dans l'UE dépendent des exportations, c'est pourquoi le fait d'obtenir un accès plus facile à un marché en croissance et qui se développe rapidement, comme le Vietnam avec ses 90 millions de consommateurs, est une très bonne nouvelle», s'est-elle félicitée.

Mais les équipes de négociateurs doivent encore travailler, notamment pour lever les derniers obstacles techniques et finaliser le texte au niveau juridique. Une fois cette étape franchie, l'accord devra encore être approuvé, côté européen, par le Conseil qui représente les États, et par le Parlement européen.

«Si les choses avancent rapidement, il pourrait entrer en vigueur fin 2017 ou début 2018», a indiqué Mme Malmström.

L'UE oeuvre par ailleurs à obtenir un accord de libre-échange au niveau régional avec l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est (Asean), dont le Vietnam fait partie. Des discussions ont été relancées à cet effet au printemps avec un nouveau rendez-vous pour faire le point d'ici à la fin de l'année.

La Commission est en pourparlers séparés avec deux autres membres de l'Asean, la Malaisie et la Thaïlande, sur des accords de libre-échange potentiels, après avoir conclu en décembre 2012 un accord avec Singapour, également membre du bloc régional.

Toujours en Asie, l'UE négocie un accord de libre-échange avec le Japon depuis 2013. Les deux parties s'étaient dites au printemps déterminées à conclure d'ici fin 2015, mais «c'est le contenu qui doit prévaloir, et non la rapidité», a dit Mme Malström mardi, jugeant qu'il était «trop tôt» pour savoir si ce délai serait tenu.

L'UE, qui a aussi un traité de libre-échange avec la Corée du Sud, négocie par ailleurs avec la Chine un accord limité aux investissements, mais il n'y a «pas d'accord de libre-échange au programme pour l'instant» avec Pékin, a précisé la commissaire.