Méditerranée : le HCR appelle l'UE à prévenir les traversées clandestines meurtrières

03/10/2014 13:18

Des migrants sur l'ile de Lampedusa, en Italie, en juillet 2013 après avoir traversé la Méditerranée. Photo HCR/F. Noy

Les traversées clandestines en Méditerranée au cours du troisième trimestre 2014 montrent une hausse alarmante du nombre de personnes qui périssent durant leur tentative de rejoindre l'Europe, selon des statistiques publiées jeudi par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

En tout, près de 90.000 personnes ont effectué la traversée vers l'Europe entre le 1er juillet et le 30 septembre 2014.

Au moins 2.200 d'entre elles ont perdu la vie. Cela représente une augmentation considérable comparé à la période du 1er janvier au 30 juin avec des traversées effectuées par 75.000 personnes et 800 décès.

Au total, 165.000 personnes ont déjà effectué la traversée cette année, en comparaison de 60.000 personnes pour l'ensemble de l'année 2013.

L'année 2014 est marquée par ce triste record et reflète le désespoir ressenti par un grand nombre des personnes qui tentent la traversée.

Face à cette situation, le HCR a réitéré son appel aux pays de l'Europe à contribuer davantage au sauvetage en mer en Méditerranée et à intensifier les efforts pour fournir des alternatives légales à ces dangereuses traversées.

« Nous ne parvenons pas à tirer les leçons des terribles événements d'octobre dernier.

De plus en plus de réfugiés périssent durant leur tentative de traversée en quête de sécurité. Les pays de l'Union européenne doivent travailler ensemble pour continuer et encore renforcer cet effort vital, le sauvetage en mer, qui est le plus souvent mené par le dispositif italien Mare Nostrum, mais aussi par des navires commerciaux », a déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres, dans un communiqué de presse.

L'une des raisons véritables des augmentations de cette année, est la situation en Libye, d'où partent un grand nombre de candidats à la traversée et où l'insécurité affecte durement des groupes vulnérables comme les demandeurs d'asile ou les migrants en provenance de l'Afrique subsaharienne ou du Moyen-Orient, ce qui en incite beaucoup à fuir.

Il apparait également que les bateaux et autres embarcations sont souvent plus que surchargés, avec des cas de personnes qui meurent d'asphyxie à bord de bateaux ou qui voyagent sans gilet de sauvetage.

Seuls onze rescapés ont survécu à la tragédie du mois dernier au large de Malte, au cours de laquelle près de 500 personnes ont trouvé la mort lorsque leur bateau a été coulé par les passeurs.

Les rares survivants ont passé plusieurs jours dans l'eau à regarder périr, impuissants, des membres de leur famille et des amis.

Les demandeurs d'asile originaires de la Syrie et de l'Erythrée représentent selon le HCR près de la moitié des personnes ayant effectué la traversée depuis le 1er juillet. Bien que ce soit une fraction seulement de la population mondiale des réfugiés d'environ 16,7 millions de personnes, majoritairement accueillies dans des pays limitrophes de zones de guerre, cette part représente néanmoins une hausse du nombre de réfugiés.

Selon le HCR, beaucoup parmi les personnes qui font la traversée n'ont aucun moyen juridique ou sûr de rejoindre l'Europe. D'autres solutions doivent être trouvées d'urgence pour protéger les personnes contre les risques de voyager en ayant recours à des passeurs.

Celles-ci pourraient inclure des quotas de réinstallation et un accès accru aux permis de séjour pour des motifs humanitaires au bénéfice des personnes qui fuient la guerre et la persécution, ainsi que des politiques conjointes pour la gestion des frontières impliquant les pays de l'UE et d'Afrique du Nord.

Le HCR appelle également les gouvernements des pays européens à faire davantage pour faciliter le regroupement familial.

De plus, les États pourraient établir des programmes de parrainage privé, de visas pour les étudiants ou de permis de travail au profit des réfugiés.

Ces problèmes ne peuvent pas être résolus par quelques États seulement, a affirmé l'agence onusienne. Une réponse européenne commune est nécessaire pour assurer des installations supplémentaires d'accueil à l'arrivée, une assistance dans l'examen des dossiers de demande d'asile ainsi qu'une identification de solutions pour les personnes ayant besoin d'une protection internationale.