Migrants : les politiques de fermeture des frontières sont vouées à l'échec, selon un expert de l'ONU

30/09/2014 23:06

Des migrants africains. Photo: IRIN/Les Neuhaus

Les politiques consistant à sceller les frontières et à empêcher à tout prix les immigrants illégaux d'entrer en Europe sont vouées à l'échec, a averti mardi le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits des migrants, François Crépeau.

L'ONU estime à plus de 130.000 le nombre de migrants et de demandeurs d'asile qui sont arrivés en Europe par la mer depuis le début de l'année, contre 80.000 l'an dernier. Elle estime à plus de 800 le nombre de ceux qui se sont noyés en mer Méditerranée cette année.

Malgré des initiatives positives comme l'augmentation des opérations de recherche et de secours qui ont permis de sauver de nombreuses vies, l'accent reste mis, dans les politiques européennes, sur les moyens de restreindre l'entrée des migrants plutôt que de créer de nouveaux canaux de migration légale.

« Il est impossible de sceller les frontières internationales et les migrants continueront d'arriver malgré tous les efforts pour les en empêcher, qui ont un coût très élevé en termes de vies et de souffrances », a déclaré M. Crépeau dans une Lettre ouverte rendue publique à la veille de la tenue mardi d'une séance d'auditions de la Commission du Parlement européen sur les droits et libertés fondamentaux.

« Si l'Europe veut voir une réduction importante des souffrances humaines à ses frontières, elle devrait s'appuyer non pas sur une fermeture stricte mais sur une ouverture et une mobilité régulées », a estimé M. Crépeau, « sans quoi le nombre des migrants qui risquent leur vie en montant à bord d'embarcations de fortune sur des itinéraires maritimes dangereux ne pourra qu'augmenter ».

Le Rapporteur spécial a affirmé que l'absence de canaux ouverts mais régulés d'immigration pour des migrants prêts à accepter des emplois à bas salaires dans certains secteurs comme l'agriculture, le bâtiment et l'hospitalité poussait ces migrants dans la clandestinité, accroissait leur précarité et favorisait les mafias se livrant au trafic de personnes et les employeurs abusifs, avec pour conséquence davantage de décès en mer et de violations des droits humains.

« Il est paradoxal qu'au nom de la sécurisation de leurs frontières, les Etats européens soient en réalité en train de perdre le contrôle de leurs frontières car les mafias ont souvent un coup d'avance », a relevé M. Crépeau. « En outre, l'augmentation du nombre des personnes qui fuient les conflits, les violences et l'oppression exige une approche stratégique nouvelle et concertée de la part des Etats européens vis-à-vis des demandeurs d'asile ».

« Tout en étant fondée à tenter de traduire en justice les trafiquants de personnes pour qu'ils répondent des souffrances qu'ils infligent aux migrants et aux demandeurs d'asile, l'Europe aura bien du mal à mettre en échec des mafias inventives et adaptables, à moins de détruire leur modèle économique, qui a été créé quand des barrières ont été érigées et qui prospère en déjouant les politiques d'immigration restrictives de nombreux Etats européens », a assuré le Rapporteur spécial.

M. Crépeau a par ailleurs appelé les Etats européens à davantage d'efforts concertés pour aider les pays qui sont en première ligne comme l'Italie, Malte, la Grèce et l'Espagne. « Les programmes de recherche et secours ne peuvent relever de la seule responsabilité des pays en première ligne », a-t-il dit.