Neuf raisons pour lesquelles le QE de 1140 milliards d'euros de Mario Draghi n'est pas une bonne idée

28/01/2015 11:05

Le docteur en droit belge Georges Ugeux, qui a été vice-président de la Bourse de New York entre 1996 et 2003, et qui est l'actuel CEO de la banque d'investissement Galileo mondial, évoque sur son blog publié sur le journal français Le Monde le programme d'assouplissement quantitatif lancé la semaine dernière par Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE), et qu'il qualifie de « Commedia dell'Arte del Professore Draghi ».

Ugeux voit neuf raisons pour lesquelles ce programme est inutile :

 
1. La prise en charge des États qui refusent de se réformer

Les achats d'obligations ne porteront  que sur celles dont les taux d'intérêt seront jugés trop élevés. Or, actuellement, des pays tels que l'Allemagne et la France supportent des taux d'intérêt très faibles. La Grèce, dont l'avenir économique est trop incertain, ne pourra pas bénéficier de cette mesure. En fin de compte, ce sont surtout des pays très endettés, tels que l'Italie (patrie de Draghi) qui profiteront de cette mesure.

2. La prise en charge de banques qui ne veulent prêter qu'aux gouvernements

Malgré les programmes précédents de la BCE pour stimuler les crédits (LTRO, TLTRO), les banques n'ont cessé de réduire les montants qu'elles ont prêtés depuis 2011, qui sont passés de 18.000 milliards à 16.700 milliards. En revanche, leur encours en obligations souveraines s'est maintenu à 2.800 milliards d'euros.

3. Le mirage de la création d'emplois et de la croissance

Les taux d'intérêt sont déjà très bas, et le programme, même s'il provoque une nouvelle baisse de 0,25% des taux d'intérêt, n'incitera donc pas les entreprises à investir ou  à recruter du personnel.

4. La BCE a un objectif caché

Le programme vise à soutenir les pays de la zone euro avec le fardeau de dette le plus important, c'est à dire  la France et l'Italie. Au cours de ces 5 dernières années, ces deux pays, qui présentent un risque important pour la zone euro, compte tenu de leur taille, ne se sont guère réformés, ni désendettés.

5. Les chiffres secrets de la BCE

On ne trouve aucune donnée concernant les prêts et les obligations octroyés aux États de l'Union européenne dans les statistiques de la BCE. Autrement dit, le risque supporté par la BCE en fonction des différents Etats membres n'est pas connu.

6. L'Amérique n'a pas d'exemple à donner

Selon Ugeux, le programme d'assouplissement quantitatif aux Etats-Unis n'a eu pour seul effet que de faire monter les cours de la bourse américaine, et de profiter aux banques. Il n'a guère stimulé la reprise économique, et n'a pas incité les banques à accorder plus de crédits. Le système économique américain est très différent de celui de l'Europe et la relance économique américaine est largement imputable à un marché du travail bien plus flexible qu'en Europe, par exemple.

7. Les montants du programme sont astronomiques

Le programme se monte à 60 milliards d'euros mensuels, un montant plus important que le dernier QE américain, affirme Ugeux. En outre, la BCE a précisé qu'elle le stopperait dès qu'elle aurait atteint son objectif d'inflation de 2%, ce qui pourrait prendre des années, étnt donné que le QE n'aura pas d'impact sur l'inflation, et qu'il pourrait même favoriser la déflation, comme l'avait fait le programme de LTRO. Par contre, il aura pour effet de gonfler le bilan de la BCE de 720 milliards d'euros chaque année.

8. Les banques seront les grandes gagnantes

Les banques qui auront besoin de liquidités pourront revendre à très bon compte les portefeuilles d'obligations souveraines qu'elles détiennent. Mais en réalité, elles n'ont guère besoin de cette mesure, compte tenu qu'elles bénéficient actuellement de taux d'intérêt interbancaires très faibles, de l'ordre de 0,28% pour une échéance à un an, et même négatifs pour les échéances de très court terme.

9. Les banques centrales nationales assumeront les risques

Georges Ugeux  se félicite que la chancelière allemande Angela Merkel ait refusé la mutualisation des dettes qui se serait produite si les rachats d'obligations avaient été faits par la BCE elle-même. Au lieu de cela, ce sont les banques centrales nationales qui prendront dans leur bilan les obligations rachetées, et qui assumeront en conséquence les risques associés. Compte tenu de l'incapacité de certains pays à se réformer et à se désendetter, il est inéluctable que leurs obligations souveraines perdent de la valeur à l'avenir.

https://www.express.be/business/fr/economy/9-raisons-pour-lesquelles-le-qe-de-1140-milliards-deuros-de-mario-draghi-nest-pas-une-bonne-idee/210904.htm