Nucléaire iranien: les États-Unis et l'Iran vantent les progrès de leurs tractations

20/03/2015 07:06

Le secrétaire d'État des États-Unis, John Kerry, a... (Photo Laurent Gillieron, AP)

Le secrétaire d'État des États-Unis, John Kerry, a retrouvé son homologue iranien Mohammad Javad Zarif en matinée pour une nouvelle ronde de négociations sur le programme nucléaire iranien.Photo Laurent Gillieron, AP

Nicolas REVISE, Simon STURDEE Agence France-Presse LAUSANNE

Le secrétaire d'État américain John Kerry et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif ont vanté jeudi les avancées de leurs tractations marathon sur le nucléaire iranien, même si, d'après un négociateur européen, on est «loin» d'un accord politique historique.

Les États-Unis ont d'ailleurs démenti qu'un «projet» de règlement «circule» déjà à Lausanne, où se tiennent d'ultimes négociations entre le groupe 5+1 (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) et l'Iran.

Les grandes puissances et Téhéran mènent depuis lundi une course contre la montre pour sceller un accord dit «politique» avant le 31 mars, voire d'ici le Nouvel An iranien du 21 mars. Un tel document, très général, garantirait que l'Iran ne fabrique jamais la bombe atomique, en échange d'une levée des sanctions internationales.

«Nous discutons de certains sujets difficiles, mais nous avons fait des progrès», a déclaré John Kerry en sortant quelques minutes d'une réunion avec l'Iranien Zarif dans un palace de la ville suisse.

L'Américain a aussi dit qu'il ignorait jusqu'à quand il resterait à Lausanne.

M. Zarif a jugé que les parties «avançaient très bien, mais qu'il reste beaucoup de travail à accomplir».

Le 5+1 et l'Iran sont entrés «dans la dernière phase des négociations, qui nécessite des discussions très intenses, (...) très compliquées», a estimé le ministre. «À mon avis, c'est un très bon signe, a-t-il souligné, cela veut dire que nous sommes en train d'arriver à quelque chose».

Les négociateurs iraniens resteront «le temps qu'il faudra» à Lausanne pour trouver un compromis. «Nous sommes prêts à prolonger les négociations si c'est nécessaire, mais pour le moment aucune décision n'a été prise», a dit pour sa part son adjoint, Abbas Araghchi, à la télévision iranienne.

À Washington, le président Barack Obama a appelé Téhéran à saisir l'«opportunité historique» de sceller un accord sur son programme nucléaire controversé qui bénéficierait à l'ensemble de la communauté internationale pendant «de nombreuses années».

«Les jours et les semaines à venir seront cruciaux. Les négociations ont progressé, mais des différences demeurent», a souligné M. Obama dans un message vidéo, sous-titré en farsi, diffusé à l'occasion de la fête du Norouz, le nouvel iranien.

Le casse-tête du nucléaire iranien empoisonne la communauté internationale depuis plus de douze ans.

Après 18 mois de pourparlers intenses et un accord provisoire en novembre 2013 entre le 5+1 et Téhéran, les pourparlers de Lausanne sont dominés par le couple Kerry-Zarif.

Les autres ministres du 5+1 sont représentés par leurs directeurs politiques, dont celui de la France, considérée comme le pays le plus dur à l'égard de l'Iran.

Du reste, Européens et Américains affichent depuis lundi leur scepticisme, voire leur pessimisme, sur les chances de conclure cette semaine.

À Washington, le secrétaire d'État adjoint Antony Blinken a même qualifié d'«erronée» une information de presse affirmant qu'un «projet de document» d'un accord «circulait» à Lausanne.

«L'idée qu'on ait un accord vendredi soir, je n'y crois pas du tout», a renchéri un haut négociateur européen. «Je pense qu'on est assez loin d'un accord. On n'y est pas du tout», a-t-il insisté. Et, a-t-il prévenu, son gouvernement «ne soutiendra pas» un texte «en l'état» des discussions.

«L'Iran avance, recule»

«Les Iraniens reculent, avancent, ça change tous les jours», a ironisé le diplomate européen.

Le 5+1 et l'Iran ont repoussé par deux fois la date butoir pour un accord définitif. Washington a prévenu qu'il n'y aurait pas d'autre prolongation. En cas d'accord politique fin mars, les parties sont convenues de finaliser au 30 juin-1er juillet tous les détails techniques d'un texte complet.

«Nous sommes prêts à continuer de négocier. Notre date limite est le 30 juin», a insisté le négociateur européen.

L'accord-cadre politique fixerait les grands chapitres pour garantir le caractère pacifique des activités nucléaires iraniennes. Il établirait le principe du contrôle des infrastructures de l'Iran, la durée de l'accord et le calendrier d'une levée progressive des sanctions.

Sur ce dernier point, Téhéran et le 5+1 s'affrontent.

L'Iran voudrait une levée en une seule fois de sanctions de l'ONU, des États-Unis et de l'UE, qui l'étouffent économiquement et l'isolent diplomatiquement.

Sur ces sanctions onusiennes concernant la non-prolifération, «c'est hors de question» de les lever immédiatement, a-t-on martelé du côté européen.

Il y a aussi divergence sur la durée de l'accord - dix ou quinze ans - et sur la période dite de «breakout time» - un an - qui laisserait assez de temps au 5+1 pour réagir si l'Iran violait ses engagements. Autre point de discorde: la capacité d'enrichissement d'uranium qui serait permise à l'Iran et donc le nombre de centrifugeuses.

Le président Obama a promis qu'il ferait tout, y compris militairement, pour empêcher l'Iran d'avoir la bombe. Mais depuis 2013, il mise sur la diplomatie et a fait d'un rapprochement avec la puissance chiite une priorité.

Un scénario qui met en rage le Congrès américain, contrôlé par les républicains, et l'allié israélien. Mais le premier ministre Benjamin Netanyahu, victorieux des législatives, a affirmé qu'il ne voyait «aucune alternative à la coopération» entre son pays et les États-Unis, malgré «les différends».

Tout accord empêcherait une bombe «à perpétuité»

Tout accord nucléaire avec l'Iran assurera «à perpétuité» que Téhéran ne pourra pas fabriquer de bombe nucléaire, a assuré aux parlementaires américains jeudi le numéro deux du département d'État, Antony Blinken.

Un accord final avec l'Iran prévoirait un allègement «par phase, proportionnel et réversible» des sanctions actuelles, a aussi dit le diplomate.

Les élus du Congrès s'inquiètent qu'un accord à durée limitée, par exemple 10 ans, permette à la République islamique de relancer son programme nucléaire à la fin de la période, et de développer une bombe.

«Ce n'est tout simplement pas vrai», a dit Antony Blinken lors d'une audition à la Chambre des représentants. «Au contraire, l'Iran n'aurait pas le droit de développer une arme nucléaire à perpétuité, et nous aurons une plus grande capacité pour détecter tout effort iranien pour y parvenir».

Bien que certaines contraintes soient destinées à être levées «après une période importante», d'autres resteraient en place «indéfiniment, notamment un régime d'inspection et de surveillance strict et intrusif» par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), a-t-il insisté.

Antony Blinken a aussi assuré que la dimension militaire du programme nucléaire iranien devrait être intégrée à tout éventuel accord final.

«Pour les sujets qui ne faisaient pas partie de l'accord (intérimaire), notamment la question cruciale d'une possible dimension militaire du programme iranien dans le passé et aujourd'hui, l'Iran n'a pas coopéré avec ce que l'AIEA demande, et en effet cela doit faire partie de tout accord», a dit Antony Blinken.