Orwell en Chine : le système de crédit social détermine l'avenir des citoyens

16/07/2018 05:33

En Chine, le gouvernement a développé un nouveau système de crédit social qui évalue la fiabilité et détermine la place des citoyens dans la société. 

Ce programme est destiné à encourager les citoyens à adopter un comportement souhaitable, à renforcer le contrôle social et, en général, à renforcer l'emprise des autorités sur la société. Le système devrait être introduit dans tout le pays d'ici 2020.

Pendant ce temps, plusieurs projets pilotes sont déjà en cours dans une trentaine de villes. L'initiative, se heurte cependant à de nombreuses critiques, car le système peut également être utilisé pour restreindre la liberté d'expression. 

En outre, le système s'étend également au-delà de la propre population chinoise et a également des conséquences pour les autres pays.

"C'est comme Big Brother", a déclaré le romancier chinois Murong Xuecun, célèbre pour sa lutte contre la censure d'État. " Ce système a toutes vos informations et peut vous faire du mal comme il le veut."

Cote de crédit

Dans la société occidentale, les consommateurs voient leur solvabilité contrôlée lorsqu'ils réalisent des achats importants. A cet effet, on utilise un pointage de crédit qui dépasse les frontières chinoises pour toucher les entreprises étrangères.

En Chine, un système similaire a été mis en place pour affecter aux citoyens un score de crédit social. Plus le score est élevé, plus le citoyen chinois obtient des avantages tels qu'un permis de voyage ou par exemple, la possibilité de scolariser ses enfants dans des écoles de qualité. 

En revanche, les mauvais scores de crédit rendent impossible l'accès aux prêts bancaires, aux emplois gouvernementaux ou aux voitures de location.

En outre, le système de pointage de crédit social peut être utilisé pour lutter contre la fraude et d'autres délits économiques. Etant donné que beaucoup de Chinois ont renoncé à l'argent liquide et utilisent presque exclusivement leur téléphone pour payer des biens et des services, les autorités ont accès à une source d'information gigantesque.

Ce système ne concerne pas seulement la personne en question mais influe également sur le cercle d'amis de celle-ci. Si votre note baisse, vos amis seront tentés de vous fuir, de peur que leurs scores ne baissent de trop.

Algorithme pas infaillible

"Le système s'assurera que les mauvaises personnes dans la société n'ont pas d'endroit où aller, tandis que les bonnes personnes peuvent se déplacer librement et sans obstruction". Cela signifie littéralement: la vidéosurveillance suivra tout le monde grâce à la reconnaissance faciale, explique The Week.

Le système de crédit social offre davantage de possibilités au gouvernement de contrôler sa population, de l'orienter dans la bonne direction et de lutter contre les excès potentiels.

Les autorités reconnaissent que l'algorithme derrière la note de crédit n'est pas infaillible. Selon Lin Junyue, universitaire considéré comme le père de la théorie du crédit social, affirme que ces erreurs et ces excès sont malheureusement inévitables. Pourtant, "comparé à l'amélioration de l'atmosphère de toute la société, le sacrifice en vaut la peine".

Cet état de surveillance ultime est déjà opérationnel dans la région nord-ouest de la Chine, au Xinjiang. Dans le but d'écraser un mouvement séparatiste violent soutenu par certains membres de la minorité ouïghour musulmane de la région, Pékin a fait du Xinjiang un terrain d'expérimentation de contrôles sociaux de haute technologie.

Parallèlement, une note de crédit social est également accordée aux entreprises étrangères, de sorte que leur attitude envers les valeurs chinoises peut conduire à des sanctions ou récompenses potentielles. Des actions et des initiatives à l'étranger pourraient également être comprises dans ce score de crédit social.

Selon un rapport de l'International Cyber Policy Institute de Canberra, en Australie, l'impact du système va au-delà des frontières chinoises et n'est pas bien compris. Le comportement des entreprises étrangères serait déjà en ligne avec les préférences du Parti communiste chinois.

Ce système "a le potentiel d'interférer directement dans la souveraineté des autres nations", indique encore le rapport de l'organisation.