Pays-Bas : la victoire monumentale du FvD confirme la rupture entre les villes et le reste du pays

24/03/2019 12:11

ANALYSE – Le parti populiste de droite Forum voor Democratie (‘Forum pour la démocratie’ – FvD) a remporté une énorme victoire électorale et, selon les estimations préliminaires, vient de remporter douze sièges au Sénat néerlandais (équivalent au nôtre) à partir de rien.

Ironiquement, c’est précisément ce qui donne à GroenLinks (‘la Gauche verte’) la clé pour devenir le cinquième partenaire qui peut assurer la survie du gouvernement majoritaire actuel du Premier ministre Rutte. Et elle ouvre la voie à l’approbation des plans climatiques auxquels la droite populiste s’oppose tant.

Bien que FvD puisse être qualifié de grand gagnant, la coopération entre ce parti et la coalition n’est pas évidente. Les points de vue sur le climat, l’immigration et l’Europe sont très éloignés l’un de l’autre. Le Forum pour la démocratie a aussi une culture politique complètement différente et tout le monde s’accorde déjà sur un point : ce sera compliqué.

« L’arrogance et la stupidité du gouvernement Rutte ont été punies »

Thierry Baudet, leader du FvD, a déclaré dans son discours de victoire que « l’arrogance et la stupidité » des dirigeants en place avaient été sanctionnées. « Nous avons été appelés au front parce que notre pays a besoin de nous. »

Pour les partis au pouvoir VVD, CDA, D66 et ChristenUnie, une nouvelle situation se présente, car ils perdent leur majorité au Sénat.

Baudet, le chef du parti, a déjà déclaré que la collaboration avec Rutte n’était pas une option. Il dit qu’il veut mettre « le maximum de pression » et demande un « changement de cap radical ». « Je ne vais pas conclure d’ententes avec Rutte en coulisses. » Le Forum pour la démocratie préférerait de nouvelles élections à la Chambre basse du Parlement, mais cela ne se produira que si les partis de la coalition eux-mêmes ne veulent plus continuer.

Les autres gagnants : GroenLinks

Le « changement de cap radical » de Baudet pourrait bien se produire, mais pas immédiatement celui que lui et ses disciples ont en tête. Parce que le FvD n’est pas le seul vainqueur de ces élections qui, incidemment, confirment une autre tendance : une rupture de mentalité entre les villes et le reste du pays.

GroenLinks est devenu de loin le plus grand parti d’Amsterdam. Il y a obtenu près de 24 % des voix. GroenLinks a également eu un grand succès à Hilversum : le parti y a recueilli 15,2 % des voix, contre 6 % il y a quatre ans. À Eindhoven, GroenLinks est juste deuxième derrière le VVD.

GroenLinks est également devenu de loin le plus grand parti à Utrecht. Il a remporté 27,8 % des voix aux élections provinciales, soit près du double de ce qu’il avait enregistré il y a quatre ans, soit 14,6 %. Le Forum pour la démocratie a « à peine » obtenu 6,8 % des voix à Utrecht.

FvD est le plus grand parti de Rotterdam

Le Forum pour la démocratie a reçu le plus grand nombre de voix à Rotterdam, deouis toujours l’Anvers des Pays-Bas en matière de politique. Le nouveau venu a remporté 15,7 % des voix aux élections provinciales. Mais même là, GroenLinks au aussi gagné beaucoup de terrain : il est passé à 12,2 % des voix, contre 6,5 % il y a quatre ans.

La FvD est aussi la plus importante force de Maastricht (14,7 %), mais là-bas aussi, il est talonné de près par GroenLinks(13,7 %), qui a vu ses suffrages doubler dans la ville de Limburg.

GroenLinks est également devenu le plus grand parti à Haarlem. Près de 20 % de la population de Haarlem a voté pour le parti, soit plus du double par rapport aux élections provinciales de 2015. Le Forum pour la démocratie a recueilli plus de 11 % des suffrages à Haarlem.

Climat, climat, climat

Le fait que la campagne portait principalement sur le climat a aidé Baudet et Jesse Klaver de GroenLinks. Klaver, plus que Rob Jetten (D66), est devenu l’interprète du mécontentement de la population qui a envahi la rue en masse contre le changement climatique. Baudet, en revanche, était le contrepoint, bénéficiant d’une campagne de plus en plus féroce contre « l’hystérie climatique ».

Le leader de la Gauche Verte Klaver pense avoir maintenant la clé pour faire adopter les projets climatiques au Sénat et il souhaite que le gouvernement tienne ses promesses en matière de climat, telles qu’une taxe sur le CO2 pour les entreprises. « Ce cabinet ne bougera pas vers la droite », a déclaré Klaver. Et la plupart des observateurs sont d’accord avec lui. Le Premier ministre Rutte devra travailler avec la gauche, sinon ce sera très difficile au cours des prochaines années.

Rutte boit du café

À l’heure actuelle, outre GroenLinks, le parti pour le Travail dispose de suffisamment de sièges au Sénat pour être le cinquième partenaire du cabinet. Néanmoins, Rutte est optimiste quant à la situation. Il dit qu’il n’est pas habitué à avoir une majorité au Sénat, faisant référence à son cabinet précédent avec PvdA. Durant cette période, il a régulièrement frappé à la porte de nombreux partis d’opposition.

« Cela signifie juste boire beaucoup de café et lancer encore plus d’appels », a déclaré Rutte, toujours aussi détendu.

La droite va vers la droite

Une autre découverte notable aux Pays-Bas est la suivante : la grande victoire du Forum pour la démocratie lors des élections des États provinciaux a surtout été obtenue au détriment du PVV de Wilders, cet autre parti populiste de droite. Trente pour cent des électeurs du Forum avaient encore voté pour le parti de Geert Wilders lors des élections législatives de 2017, selon une enquête du bureau de sondages Ipsos.