'Personne ne peut imaginer que l'on devrait vous confier un poste auquel vous avez échoué en tant que ministre des Finances de la France'

03/10/2014 12:23

Le ministre de l'Economie Pierre Moscovici

L'une des auditions les plus attendues cette semaine dans le cadre de la désignation des Commissaires de la Commission Juncker était celle de l'ex-ministre des Finances français, Pierre Moscovici, pressenti pour être commissaire aux Affaires économiques et monétaires.

Le Financial Times rapporte que c'est un véritable passage sur le grill qu'il a dû affronter ce matin.

« L'assaut donné lors de l'audition de la confirmation de M. Moscovici, qui venait principalement du groupe de centre droit du parlement et de ses Libéraux centristes, a occasionnellement dégénéré en chahut et cris dans la chambre normalement morne, tandis que le Français arguait de façon répétitive qu'il serait aussi ferme sur le budget de Paris que sur celui des autres gouvernements », écrit le journal.

Les membres du groupe de centre droit du parlement, le Parti populaire européen (PPE), et les Libéraux voulaient en particulier s'assurer que le nouveau commissaire serait intraitable sur le respect des règles budgétaires strictes de l'UE, et ce d'autant que l'intéressé a fait partie d'un gouvernement qui n'a eu de cesse de réclamer un assouplissement de la règle. 

« Personne ne peut mettre en doute votre expérience ou votre engagement européen. Mais personne de bonne foi ne peut imaginer que l'on devrait vous confier un poste auquel vous avez échoué en tant que ministre des Finances de la France », lui a dit Alain Lamassoure, du PPE.

« Le décorum s'est brisé lorsqu'un député de centre droit a demandé à M. Moscovici de nommer 3 réformes recommandées par la Commission Européenne durant sa revue annuelle du budget et qu'il aurait mise en place en tant que ministre des Finances.

Lorsque M. Moscovici a répondu que ses budgets n'avaient jamais enfreint les règles de l'EU, des députés agités se sont mis à crier « Répondez à la question ! », rapporte le journal.

Mais le coup d'étrille le plus violent est sans doute celui du député roumain Siegfried Muresan, du PPE, qui a asséné : « Nous ne pouvons oublier votre performance, votre échec en tant que ministre des Finances. Nous ne voulons pas que cela se produise sur le peuple de l'Europe sous votre surveillance ».

Moscovici s'est défendu en insistant sur le fait qu'il n'était plus en charge de la politique budgétaire de la France, et que durant ses deux ans à la tête du ministère français des Finances, le déficit de la France avait été réduit et Paris avait mené d'importantes réformes du marché du travail.

Mais il a également concédé que la France devait en faire plus : « Etait-ce suffisant ? Indiscutablement, non, mais je suis fier de ce que j'ai fait. Je ne peux pas juger le budget présenté hier. J'examinerai ce budget en accord avec les règles », a-t-il déclaré.

A l'issue de son audition, il a accordé une interview au Financial Times au cours de laquelle il a dit qu'il pensait avoir répondu à toutes les questions qui lui avaient été posées et qu'il demandait simplement « à être jugé sur ses propres mérites ».

Hier, le même journal avait révélé qu'une fuite d'un document provenant de l'équipe Juncker montrait que les pouvoirs du futur commissaire aux Affaires économiques et monétaires seraient partagés avec l'ex-Premier ministre letton, Valdis Dombrovskis, qui vient d'être désigné vice-président de la Commission européenne.

Le document en question indique en effet que toute décision de la Commission relative aux budgets des Etats membres de la zone euro devra « être préparée et soumise » par le commissaire aux Affaires économiques et monétaires « conjointement » avec le vice-président de la commission.

Or, du point de vue budgétaire, l'ex-Premier ministre letton est considéré comme un « faucon ». Il a lui-même fait adopter un plan d'austérité très strict à son pays après sa nomination au poste de Premier ministre en Lettonie en  février 2009.

Pour plusieurs eurocrates, il s'agit d'un signal garantissant à l'Allemagne que Moscovici n'aura pas les mains libres pour distribuer des dispenses de respect des règles budgétaires.

https://www.express.be/business/fr/economy/personne-ne-peut-imaginer-que-lon-devrait-vous-confier-un-poste-auquel-vous-avez-echoue-en-tant-que-ministre-des-finances-de-la-france/208256.htm