Pourquoi la droite populiste va continuer de dominer le débat sur l'immigration en Europe ?

07/12/2014 09:08

PAUL J. RICHARDS / AFP

Il semble que de nos jours, l'immigration est devenue le principal sujet d'inquiétude des politiciens occidentaux, estime Gideon Rachman du Financial Times. Mais les approches des deux côtés de l'Atlantique sont très différentes, note-t-il.

Le président américain Barack Obama a accordé une régularisation provisoire à près de 5 millions d'immigrants clandestins.

En revanche, le Premier ministre David Cameron a annoncé des mesures visant à limiter les avantages sociaux accordés aux immigrants issus des autres pays de l'UELe président américain Barack Obama a accordé une régularisation provisoire à près de 5 millions d'immigrants clandestins.

En revanche, le Premier ministre David Cameron a annoncé des mesures visant à limiter les avantages sociaux accordés aux immigrants issus des autres pays de l'UE,, et forcer ceux qui ne parviennent pas à trouver un emploi à quitter le pays.

En Europe, il n'est pas le seul. L'ancien président français Nicolas Sarkozy, qui vient d'être élu président du parti conservateur UMP, a exhorté l'UE à modifier les règles du traité de Schengen.

En Grande-Bretagne et dans le reste de l'Europe, la montée en puissance de partis anti-immigration, tels que le parti de l'UKIP en Angleterre, ou le Front National, a bloqué le curseur du débat national sur la lutte contre l'immigration clandestine, et les problèmes posés par l'immigration.

Cette différence d'attitude reflète bien sûr le clivage politique entre Obama, un politicien de centre gauche, et Cameron, qui est un conservateur. Obama a accusé le lobby anti-immigration américain d'être inhumain, et il espère probablement inciter les Républicains à durcir leur rhétorique anti-immigration pour leur faire perdre les faveurs de l'électorat hispanique.

Mais elle révèle aussi une différence de philosophie. Dans la rhétorique de Sarkozy ou de Cameron, il est question de « contrôle ». Les deux politiciens cherchent à montrer à leurs électeurs qu'ils sont conscients de leurs préoccupations, et qu'ils veulent y apporter des solutions. Côté américain, l'approche est plus fataliste : on est conscient qu'il n'est pas possible de traquer et d'expulser des millions d'immigrés clandestins.

« L'argument implicite d'Obama est qu'à l'ère de la mondialisation, les nations riches devront s'habituer à la notion qu'elles continueront à agir comme un aimant pour les migrants de contrées plus pauvres du monde. L'alternative est de transformer le pays en forteresse ou en Etat policier », écrit Rachman.

Il estime que cette attitude se justifie aux Etats-Unis, notamment parce que le pays a été construit par les immigrants, mais aussi parce que c'est un pays de la taille d'un continent, avec un espace gigantesque. En outre, le bipartisme américain permet d'éviter que des partis focalisés sur une seule question, comme celle de l'immigration, s'immiscent dans le débat politique, contrairement à ce qui se passe en Europe.

« Mais aucune de ces conditions ne prévaut de l'autre côté de l'Atlantique. En conséquence, la droite populiste pourra probablement continuer à mener le débat de l'immigration en Europe dans les années à venir », conclut Rachman.

https://www.express.be/business/fr/economy/pourquoi-la-droite-populiste-va-continuer-de-dominer-le-debat-sur-limmigration-en-europe/209650.htm