Près de 4000 Noirs ont été lynchés dans les États du Sud entre 1877 et 1950

10/02/2015 19:08

Washington en 1919... (PHOTO TIRÉE DU SITE WEB EQUAL JUSTICE INITIATIVE)

Washington en 1919PHOTO TIRÉE DU SITE WEB EQUAL JUSTICE INITIATIVE

Agence France-Presse NEW YORK

Près de 4000 Noirs ont été lynchés entre 1877 et 1950 dans les États du Sud des États-Unis, où l'esclavagisme et la ségrégation ont été les plus prégnants, selon une étude parue mardi.

Le groupe Equal Justice Initiative, une organisation de défense des droits de l'homme basée en Alabama, a enquêté durant plusieurs années sur ce qu'elle appelle le «terrorisme racial» dans 12 États du Sud: Alabama, Arkansas, Floride, Géorgie, Kentucky, Louisiane, Mississippi, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Tennessee, Texas et Virginie.

Dans son rapport elle fait état de 3959 lynchages dans cette partie du pays, soit plus d'un par semaine durant 73 ans.

L'organisation précise que ses recherches ont permis de trouver 700 victimes supplémentaires par rapport aux études précédentes sur le sujet.

Les membres de Equal Justice Initiative se sont rendus sur plusieurs lieux où ont eu lieu des meurtres brutaux. Dans son rapport, l'organisation raconte comment des milliers d'Américains blancs, y compris des élus locaux, se rassemblaient pour assister au lynchage public de victimes qui étaient torturées, mutilées et démembrées.

Plus dérangeant encore, des cartes postales présentant des photographies des corps étaient produites, des vendeurs ambulants profitaient de ces rassemblements pour vendre de la nourriture et les spectateurs sirotaient régulièrement de la limonade ou du whisky. Les parties des corps des victimes étaient aussi parfois distribuées en guise de souvenir, ajoute le rapport.

Selon ce dernier, la «terreur par le lynchage racial» était une tactique destinée à faire pression sur la communauté noire dans son ensemble, et pas seulement à punir un coupable présumé.

Des centaines de personnes ont été assassinées sans être formellement accusées de crime sérieux, parfois même pour des futilités comme d'avoir refusé de descendre d'un trottoir ou pour avoir accidentellement bousculé une femme blanche.

Près de 25% des lynchages étaient perpétrés en réponse à des accusations d'agression sexuelle, et une accusation de viol pouvait, sans même confirmation par la victime de l'identité de son agresseur, conduire à un lynchage par une foule en colère.

Durant cette période, pas un seul Américain blanc n'a été condamné pour avoir lynché un Noir, note le rapport.

Face à ces menaces, plus de 6 millions de Noirs américains ont fui les États du Sud entre 1910 et 1970, se réfugiant dans des ghettos urbains dans les villes du nord et de l'ouest des États-Unis.

«Les lynchages ont eu un impact très important sur les relations entre les races en Amérique et ont façonné les conditions de vie géographiques, politiques, sociales et économiques des Noirs américains d'une manière qui reste très claire aujourd'hui», indique le rapport.

De manière complètement disproportionnée, les Noirs ont toujours couru plus de risques de se faire arrêter, d'être accusés d'un crime, emprisonnés ou condamnés à mort aux États-Unis.

Equal Justice Initiative veut maintenant lever des fonds et bâtir des monuments en mémoire des victimes.