Présidentielle 2016: Clinton, Christie, Cruz et les autres

10/11/2014 07:11

Hillary Clinton... (Photo: Reuters)

Hillary ClintonPhoto: Reuters

 Hillary Clinton peut-elle sauver le Parti démocrate? C'est l'une des questions que les commentateurs et stratèges politiques se posent au lendemain des élections de mi-mandat.

Preuve que le scrutin présidentiel de 2016 et ses candidats potentiels retiennent déjà l'attention aux États-Unis, pays en perpétuelle campagne électorale.Le dépouillement des votes n'était même pas encore terminé lorsque Rand Paul, sénateur républicain du Kentucky et candidat pressenti à l'élection présidentielle de 2016, a tenté de lier Hillary Clinton à la déconfiture des démocrates aux élections de mi-mandat.

«Aujourd'hui, les électeurs ont envoyé un message au président Obama et à Hillary Clinton, rejetant leurs politiques et leurs candidats», a-t-il écrit sur sa page Facebook, où apparaissaient des photos de l'ancienne secrétaire d'État américaine aux côtés de six démocrates pour lesquels elle avait fait campagne.

«Les perdants d'Hillary», pouvait-on lire au bas de chacune des photos, publiées peu après minuit mercredi dernier.

Ce n'était pas la première fois que Rand Paul s'en prenait à Hillary Clinton, mais son message illustrait un phénomène particulier de la politique américaine: dès la fin du scrutin de mi-mandat, il est déjà question de la prochaine élection présidentielle.

Cela dit, Hillary Clinton et son entourage sont peut-être les seuls démocrates à ne pas se morfondre à la suite des élections de mi-mandat, n'en déplaise à Rand Paul. Car la conquête du Sénat par les républicains est, à leurs yeux, un mal pour un bien. Ils sont persuadés que le sénateur du Kentucky et ses collègues issus du Tea Party, dont Ted Cruz, leur serviront à merveille de repoussoir.

Ils sont aussi convaincus que le verdict électoral de la semaine dernière permettra à Hillary Clinton de se positionner encore plus facilement comme figure salvatrice auprès de son parti démoralisé. Cette thèse suppose qu'elle ne devra pas trop tarder à confirmer sa candidature à la présidence (elle a déjà fait savoir qu'elle annoncerait sa décision après le 1er janvier).

En attendant, Hillary Clinton et ses conseillers s'emploieront à analyser les résultats électoraux et les sondages réalisés mardi dernier à la sortie des bureaux de vote. Et l'ancienne première dame abandonnera ses conférences bien rémunérées pour se mettre à l'écoute de représentants de divers milieux afin de récolter idées et conseils pour sa prochaine campagne.

Plusieurs de ses interlocuteurs ne manqueront sans doute pas de revenir sur l'erreur stratégique des candidats démocrates aux élections de mi-mandat. Plutôt que de défendre le bilan du président et de répondre à l'anxiété des électeurs à propos de l'économie, ils ont tenté de creuser l'avantage de leur parti auprès des femmes en mettant l'accent sur les droits à l'avortement, la contraception et l'équité salariale.

Cette stratégie n'a certainement pas aidé le sénateur du Colorado Mark Udall, dont une journaliste du Denver Post s'est moquée en le surnommant «Mark Uterus».

Mais les démocrates n'ont peut-être pas besoin d'un sauveur en 2016. Deux facteurs conjoncturels ont grandement contribué au triomphe des républicains mardi dernier. Comme c'est habituellement le cas lors des élections de mi-mandat, les participants étaient plus âgés, plus blancs et plus conservateurs qu'ils ne le sont aux élections présidentielles. Et la plupart des courses clés au Sénat se sont déroulées dans des États conservateurs qui ont voté pour Mitt Romney en 2012.

En 2016, les élections sénatoriales favoriseront les démocrates. Les républicains devront alors défendre 23 sièges (sur les 33 en jeu), dont plusieurs se trouvent dans des États où Barack Obama a triomphé en 2008 ou en 2012.

Ils devront également affronter un redoutable «mur bleu». L'expression, employée la semaine dernière par l'analyste de CNN David Gergen, fait référence aux 18 États qui ont voté pour les candidats démocrates à la présidence au cours des six dernières élections et qui devraient faire de même en 2016. Ces États représentent 242 des 270 votes du Collège électoral nécessaires pour remporter la présidence.

Il suffirait donc à Hillary Clinton, si elle devenait la candidate des démocrates, d'ajouter à ce «mur bleu» un État clé comme la Floride (29 votes au Collège électoral) pour remporter la présidence.

Bien sûr, rien de cela n'est inscrit dans le béton. Et certains conservateurs, gonflés à bloc après le triomphe républicain de mardi dernier, doutent de la capacité d'Hillary Clinton de sauver son parti. Pour donner une idée de leur scepticisme, citons quelques extraits d'un article publié la semaine dernière par l'hebdomadaire National Review sous la plume de Yubal Levin:

«[Hillary Clinton] est intelligente, coriace et futée et elle a la capacité d'apprendre de ses échecs et de s'ajuster. Mais [...] les gens sont lassés d'elle [...]. Elle est une élitiste insipide [...] qui sera vraisemblablement réduite à faire campagne en misant sur l'expérience et la compétence tout en feignant l'idéalisme et l'espoir - un type de candidat présidentiel commun aux deux partis, et qui perd presque toujours.»

Le mot clé de ce paragraphe est peut-être «presque».