Profilage géopolitique fiction Incident Vol Téhéran Kiev

12/01/2020 14:55

Aéroport international de Bagdad, trois heures du matin, le temps est frais et la nuit est parsemée d’étoiles. L’avion du général iranien s’est garé discrètement dans un hangar anonyme, Quassem Souleimani sort de l’aérogare entouré de sa garde rapprochée, ce puissant général est la bête noire du président américain Trump, Quassem Soleimani est à la tête de la force Al-Qods, unité d’élite des Gardiens de la Révolution iranienne, vient à sa rencontre Abou Madhdi al Mouhandis, commandant d’une milice irakienne.

Trois jours avant, le mouvement anti américain irakien s’est déployé autour de l’ambassade américaine à Bagdad avec prise d’assaut par des milliers de manifestants irakiens pro-iran.

La crainte de l’état-major américain en ces jours de janvier 2019 c’est le souvenir cuisant qu’a dû subir le gouvernement Carter, c’est la mémoire d’une humiliation suprême de crise des otages américains en Iran, un épisode de tension internationale dans les relations entre les États-Unis et l'Iran, qui survint du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981. Durant 444 jours, cinquante-six diplomates et civils américains sont retenus en otage par des étudiants iraniens dans l'ambassade des États-Unis de Téhéran.

Le jour de la prise d'otages, six diplomates américains réussissent à quitter l'ambassade et se réfugient dans la demeure du diplomate canadien John Sheardon, sous la protection de l'ambassadeur canadien Ken Taylor (en). Immédiatement alerté, le gouvernement canadien accorde l'autorisation d'émettre secrètement des passeports canadiens pour ces otages américains, afin de leur permettre de quitter le pays. 

Se faisant passer pour des cinéastes en train de tourner un film et escortés par un agent de la CIA, les six diplomates décollent à bord d'un avion Swissair à destination de Zurich le 27 janvier 1980. Cette fuite a inspiré notamment le film Argo (2012)

Au début d'avril 1980, Khomeini publie un communiqué, affirmant que « les otages resteraient aux mains des étudiants islamiques jusqu'à la réunion du Parlement ». Selon l'ex-président de la République islamique, Bani Sadr, « Cette démarche était pour moi synonyme de blocage définitif. (…) Ce communiqué de Khomeini était l'aboutissement des contacts (avec les proches de Ronald Reagan) et qui n'avaient qu'un seul but : empêcher la libération des otages avant les élections américaines de novembre 1980 pour handicaper Carter dans sa réélection ».

Desert One, lieu de l'accident mortel ayant eu lieu lors de l'opération Eagle Claw.

Le lendemain du communiqué, le 7 avril 1980, Carter rompt les relations diplomatiques avec l'Iran. Deux semaines plus tard, il lance l'opération Eagle Claw, pour essayer de libérer les otages par un commando. Une planification trop complexe, des problèmes techniques ainsi que des tempêtes de sable imprévues conduisirent à la déroute des soldats et à l'annulation de l'opération. Trois hélicoptères RH-53D sur huit tombent en panne, et un quatrième entre en collision avec un avion de transport C-130 Hercules au sol et s'écrase, faisant huit morts.

Fin 1980, après la défaite de Carter aux élections au profit de Ronald Reagan, la mort du shah le 27 juillet et le début de la guerre Iran-Irak, la voie de la négociation semble préférée. Les États-Unis font appel au ministre des Affaires étrangères algérien, Mohamed Seddik Benyahia, pour servir d'intermédiaire.

Finalement, la libération des otages est décidée en échange de la promesse de non-ingérence des Etats-Unis dans la politique intérieure de l'Iran, du dégel des fonds iraniens et de l'assurance qu'aucune poursuite judiciaire ne sera lancée contre les autorités iraniennes (accords d'Alger).

Le président Trump, en prise avec ses problèmes de réélection et de soupçons de manipulation avec une puissance étrangère ukrainienne, doit contrer ses adversaires intérieurs en provoquant un électrochoc gradué et faussement instinctif. 

Le général Qassem Soleimani, à la tête de la force Al-Qods, unité d'élite des Gardiens de la Révolution iranienne, et Abou Mahdi al Mouhandis, commandant d'une milice irakienne, ont donc été tués dans une frappe contre leur convoi à l'aéroport de Bagdad.

Le Pentagone a confirmé que les États-Unis ont mené une frappe aérienne dans laquelle le général Qassem Soleimani a été tué, disant vouloir ainsi dissuader l'Iran de tout projet d'attaque. Ce bombardement, effectué par un drone, a eu lieu trois jours seulement après les heurts survenus aux abords de l'ambassade américaine à Bagdad, prise d'assaut par des milliers de manifestants irakiens pro-Iran.

Sur ordre du président, l'armée américaine a pris des mesures défensives décisives pour protéger le personnel américain à l'étranger en tuant Qassem Soleimani », a indiqué le ministère américain de la Défense dans un communiqué. « Il développait des plans pour attaquer des diplomates et des soldats américains dans la région », précise le communiqué. 

Le tir américain a pulvérisé en pleine nuit les deux véhicules à bord desquels se trouvaient Soleimani et Al-Mouhandis (numéro 2 du Hachd al-Chaabi, coalition paramilitaire intégrée aux forces de sécurité irakiennes), à la sortie de l'aéroport international de Bagdad. 

Selon un responsable local, le commandant irakien « était venu chercher Qassem Soleimani à l'aéroport, ce qui d'habitude n'arrive pas. Il l'a accueilli ainsi que deux autres visiteurs et leurs véhicules ont ensuite été touchés ». En tout, 10 personnes sont mortes selon le Hachd.

Bien que le général Soleimani était très proche du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, qui déclara qu'une terrible vengeance attend les « criminels » ayant assassiné Soleimani. Il y a déjà deux jours, il avait prévenu que l'Iran répondrait avec force à toute attaque américaine contre les intérêts iraniens. Pour donner suite à cette mort, l'ayatollah a décrété trois jours de deuil national.

Cependant, dans le secrets du cabinet noir du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei fait une analyse froide et diplomatique du conflit. L’Irak a été débarrassé  de la menace des terroristes de Daech  et les américains se sont empressés de barrer la route de la diplomatie russe en installant des bases US  sur la terre d’Irak, la menace s’éloignant, l’Irak devient un enjeu géopolitique majeur pour l’Iran et la présence américaine sur son sol déstabilise un peu plus chaque jour l’état islamique iranien, la contestation gronde car les américains sont implantés sur une terre qui est un sanctuaire investi par les « infidèles » non-musulman dont il faut se débarrasser au plus vite, l’Irak donne le premier signal en désignant les américains ainsi que leur alliés comme «  persona non grata. »

L’Iran qui tire les ficelles, souhaite avant tout préserver sa souveraineté en tentant de réactiver son programme civil et militaire sur le nucléaire iranien face à la pression régionale de l’hégémonie d’Israël.

Le général Soleimani, pro irakien devient donc un élément perturbateur dans ce jeu subtil de la diplomatie iranienne et sa disparition soudaine à la suite d’une attaque américaine par une frappe de drone à la sortie de l’aéroport de Bagdad décapite les faucons. Le gouvernement iranien réagit par des gesticulations d’usage très proportionnées qui  font l’affaire de l'ayatollah Ali Khamenei.

Dès lors, les négociations peuvent reprendre, et le guide suprême d’utiliser cet attentat pour reprendre la main sur son peuple qui commençait à douter de la révolution islamique.

L’Iran, avertit les irakiens et les mouvements chiites des lancements de missiles, tandis que les américains sont mis au courant de ces frappes et se sont préparés pour la circonstance.

L’honneur est sauf et le désengagement de l’Iran vis-à-vis de l’Irak est de l’eau bénite pour éteindre le feu.

Pour faire bonne figure « Les Gardiens de la Révolution annoncent que le glorieux commandeur de l'Islam, Haj Qassem Soleimani, au terme d'une vie de servitude, est mort en martyr dans une attaque de l'Amérique contre l'aéroport de Bagdad.

Démocrates inquiets, républicains satisfaits, Trump, chef de guerre se refait une santé politique et électorale.

Plusieurs sénateurs républicains sont montés au créneau pour se féliciter de cette attaque, rapporte notre correspondante à Washington, Anne Corpet. Marco Rubio, sénateur de Floride, ou encore Lindsay Graham, un proche du président, remercient Trump de la mort « d’un des membres les plus vicieux et sans pitié du régime des ayatollahs ».

L’inquiétude domine chez certains démocrate, mais là aussi il s’agit d’un réflexe électoraliste américain. « Le président Trump vient de jeter un bâton de dynamite dans une poudrière », écrit l'ancien vice-président et candidat à l'investiture démocrate à la présidentielle, Joe Biden. « Cette administration, ajoute-t-il, n’a jamais montré de discipline ou la nécessaire vision à long terme. ». Elizabeth Warren, une autre candidate à l'investiture, souligne aussi le risque d’escalade

Cory Booker, sénateur du New Jersey et candidat à l’investiture du parti, s'inquiète aussi des conséquences de cette attaque : « Beaucoup de questions sont sans réponse. Ce n’est pas une décision qui doit être prise de manière impulsive, elle doit être intégrée dans une vision stratégique plus large, et en comprenant ce que pourraient être les conséquences. Avant d’assassiner une personne qui a un rôle aussi prépondérant en Iran, il faut être sûr qu’on est préparé à ce que cela peut entraîner. Donc, je suis très inquiet à ce sujet »

Cette inquiétude est faible, le risque d’escalade est faible et le cours du Brent a vacillé de manière epsilonienne   tout comme les indices boursiers, puis tout est revenu à l’apaisement.

Benyamin Netanyahu qui est fragilisé prévient qu'Israël répondra de manière « retentissante » en cas d'attaque de l'Iran, il reprend du poids en tant que protecteur de son pays et renforce son image de chef de guerre ce qui le replace au centre de l’échiquier politique à la Knesset.

Le numéro 2 du Hachd al-Chaabi, (coalition paramilitaire intégrée aux forces de sécurité irakiennes) et pro-irakien est décapité dans le même temps, il n’y a donc plus de faucon, se qui laisse le champs libre à la diplomatie Iranienne.

Les effets collatéraux restent à venir avec la réaction des chiites du Moyen-Orient, mais ce ne seront que des répliquent d’un séisme passé.

Les forces françaises décident de rester, mais les allemands comme les anglais et les américains désengagent leurs forces terrestres et peuvent parier sur une recomposition atomisée de Daech qui est terriblement affaiblie et ne tiendra pas face à un recomposition des forces iraniennes.

La France, aura-t-elle raison de laisser ses garnisons si peu nombreuses, ou ne devrait pas s’engager dans des rounds diplomatiques plus efficaces. ?

En décapant Soleimani, le spectre d’une Afghanistan réinvestie devient improbable.

Le général de division, Hossein Salami, commandant en chef des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, a commencé à rendre hommage au défunt et à son bras droit, le général de brigade Hossein Pourjafari, tué en même temps que lui.

Bien qu’il scande que "Le martyr Qassem Soleimani est plus puissant et vivant maintenant qu'il est mort", a-t-il lancé à la foule, qui n'a rompu son silence que pour scander "Mort à l'Amérique".

Il ne s’agit que de faire de la rhétorique, car Salami n’est Soleimani ni Pourjafari.

Après l’enterrement des responsables militaires le 7 janvier 2019, le lendemain un Boeing 737 de la compagnie Ukraine International Airlines avion s’écrase à Téhéran avec 176 personnes à bord, aucun survivant.

L’appareil s’est écrasé peu après son décollage en direction de Kiev.

A Kiev, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a confirmé qu’il n’y avait aucun survivant. 

« Tous les passagers et l’équipage » du Boeing 737 d’Ukraine International Airlines « sont morts », a écrit Volodymyr Zelensky sur sa page Facebook.La très grande majorité des personnes à bord du Boeing étaient non-ukrainiennes, a précisé le Conseil de sécurité national ukrainien. 

Parmi les victimes figurent 82 Iraniens et 63 Canadiens. Selon des informations préliminaires, seulement 11 personnes - deux passagers et onze membres de l’équipage - étaient des Ukrainiens, a indiqué cette instance. Kiev.

Aéronef révisé qui s’écrase à plus de 2 Km est déjà en possibilité de rétablir l’assiette même avec un seul moteur, le système flight radar, n’a détecté aucune anomalie et brusquement le vol est détruit.

La question est de tenter de comprendre, ce que faisaient 82 iraniens et 63 canadiens depuis Téhéran pour une destination ukrainienne Kiev ou nous savons que nombre de spécialistes balistiques sont légions, départ quelque peu énigmatique.

Ce d’autant plus que la FAA n’a pas le droit de s’approcher des débris ni de récupérer les boites noires.

Quant à la Russie, des intérêts stratégiques suprême sont bridés par la crise en Irak et les implantations militaires américaines, elle a donc tout intérêt à rebattre les cartes d’une diplomatie au moyen orient déjà bien compliquée, une Russie qui ne cache pas ses objectifs sur la région ; en effet « La Russie est pays ami et un partenaire stratégique de l'Iran », a déclaré Hassan Rohani en recevant le président Poutine. 

Il a aussi affirmé que « la coopération de l'Iran et de la Russie a eu un grand effet dans la lutte contre le terrorisme » en Syrie, tout en appelant à la poursuite de cette coopération « dans la phase finale de cette lutte ».

José manuel BOUDEY