Référendum: l'Écosse a voté Non

19/09/2014 08:26

Associated Press ÉDIMBOURG

Le Non a signé une victoire sans équivoque au référendum sur l'indépendance de l'Écosse.

Après dépouillement de 31 des 32 circonscriptions, le non a obtenu 1 914 187 votes, au-delà du cap de 1 852 828 votes nécessaires pour remporter le référendum, selon les chiffres officiels diffusés par la BBC. Le non remporte alors le référendum écossais par 55,42% contre 44,58% pour le oui.                                                 

Le leader des indépendantistes Alex Salmond a reconnu la défaite de son camp.

Auparavant, la N°2 du camp du oui avait admis la défaite probable des partisans de l'indépendance.

«Il semble que nous n'allons pas obtenir le oui que nous espérions», a déclaré vendredi matin sur la BBC la vice-Premier ministre écossaise et numéro 2 du parti national écossais, Nicola Sturgeon.

Il y a «une réelle déception face au fait que nous avons échoué de justesse à obtenir un vote oui» victorieux au référendum, a-t-elle ajouté.

Le premier ministre britannique a également communiqué sur sa page officielle twitter en écrivant : «J'ai parlé à Alistair Darling (le chef de la campagne du non: NDLR) et je l'ai félicité pour une campagne bien menée».

Victoire claire

Alors que certains sondages avaient placé les deux clans au coude à coude, les résultats du référendum sur l'indépendance de l'Écosse, tôt vendredi matin, ont plutôt fourni une victoire sans équivoque du clan du Non.

Après les dépouillements de 30 des 32 centres électoraux régionaux, le Non recueillait un peu plus de 55 pour cent des votes exprimés.

Le clan du Non avait été déclaré vainqueur dans 26 des 30 centres régionaux dont les résultats étaient connus, incluant une percutante victoire dans Aberdeen, la ville du leader indépendant Alex Salmond, avec un peu moins de 59 pour cent des suffrages, et un triomphe encore plus convaincant à Édimbourg, avec un score supérieur à 61 pour cent.

Le Oui l'a emporté dans quatre districts régionaux, dont ceux de Dundee et de Glasgow.

En chiffres absolus, le Non comptait 1 877 252  votes, comparativement à 1 512 688 pour le Oui. Le seuil pour officialiser la victoire se chiffrait à 1 822 462 de votes.

Le taux moyen de participation s'élevait à environ 85 pour cent, un record pour un scrutin tenu en Écosse.

Ruth Davidson, leader du Parti conservateur de l'Écosse, a déclaré à la BBC qu'elle était confiante que la «majorité silencieuse» d'Écossais allait donner une victoire au Non. Peu après 5 h, heure locale, la BBC a d'ailleurs annoncé la victoire du Non.

Le camp du Oui semblait résigné à devoir accepter la défaite. Se disant «personnellement amèrement désappointée», la vice-première ministre d'Écosse, Nicola Sturgeon, a déclaré à la BBC que les nationalistes écossais «devaient se relever et tourner la page».

Après la fermeture des bureaux de scrutin tard jeudi, plusieurs Écossais se sont installés dans le confort de leur domicile et dans des bars, attendant des résultats qui auraient pu changer leur vie, ébranler les marchés financiers partout au monde, donner un second souffle à d'autres mouvements indépendantistes, de la Flandre au Québec, en passant par la Catalogne, et surtout, rompre l'union conclue il y a 307 ans avec l'Angleterre.

La question posée aux citoyens était d'une grande simplicité: «Est-ce que l'Écosse devrait être un pays indépendant?».

Elle a pourtant divisé les Écossais pendant des mois de campagne.

Plus de 2600 bureaux de scrutin ont ouvert leurs portes jeudi matin à 7 h, jusqu'à 22 h, pour accueillir le vote de 4,2 millions de citoyens écossais qui s'étaient inscrits sur les listes, soit 97 pour cent de tous ceux qui avaient le droit de vote.

Des sondages avaient placé les deux camps au coude à coude, même si la campagne du Oui avait semblé profiter d'une poussée de popularité au cours des dernières semaines.

Un dernier sondage Ipsos MORI, publié jeudi, accordait cependant 53 pour cent d'appuis au camp du Non et 47 pour cent à celui du Oui. Le sondage téléphonique mené auprès de 991 personnes comportait une marge d'erreur de trois points de pourcentage.

Les indécis, qui comptaient pour 20 pour cent encore récemment, n'étaient plus que quatre pour cent dans ce sondage.

Une victoire du Oui aurait déclenché 18 mois de négociations entre Édimbourg et Londres concernant la séparation des institutions des deux pays avant l'indépendance formelle de l'Écosse, qui avait été fixée au 24 mars 2016.

Plusieurs questions demeuraient en suspens après des mois de campagne - la monnaie qu'aurait utilisé une Écosse indépendante, son statut au sein de l'OTAN et de l'Union européenne, le sort des sous-marins nucléaires britanniques basés en Écosse, notamment.

Après des semaines pendant lesquelles les médias britanniques n'ont pratiquement traité de rien d'autre, les médias électroniques étaient presque libres de toute allusion, jeudi: les règles électorales interdisent toute discussion ou analyse du scrutin pendant que les bureaux de scrutin sont ouverts.

Des milliers de personnes ont fait la file dans la brume d'Édimbourg, jeudi matin, avant même l'ouverture des bureaux. Plusieurs Écossais attendaient cette occasion depuis des dizaines d'années.

«Ça fait 50 ans que je lutte pour ça, a dit Isabelle Smith, une partisane du Oui âgée de 83 ans. Et nous allons l'emporter. Je le sens dans mes os.»

De nombreux adversaires de l'indépendance admettent que la campagne a eu pour effet de revigorer la démocratie écossaise.

«J'appuie le camp du Non, mais ça a été une discussion fascinante et utile concernant l'avenir de l'Écosse, a dit l'écrivain David Clarke. Si c'est non, alors c'est une situation qui ne fait que des gagnants. Si c'est oui, il faudra affronter le fait que c'est oui.»

Le premier ministre écossais, Alex Salmond, a voté près de sa résidence, dans le nord-est de l'Écosse. Si le Oui l'emporte, M. Salmond verra se concrétiser son rêve de mener son pays à l'indépendance après l'alliance conclue en 1707 avec l'Angleterre.

Les forces indépendantistes avaient reçu un appui de dernière minute, jeudi, quand la vedette écossaise de tennis Andy Murray a indiqué à ses 2,7 millions de partisans sur Twitter qu'il appuyait le Oui, après être longtemps resté neutre sur le sujet.

Les ténors du camp adverse, dont l'ancien premier ministre travailliste Gordon Brown, ont imploré les Écossais de ne pas rompre les liens avec le Royaume-Uni.

De nombreux partisans du Oui n'avaient pas l'intention d'aller au lit avant de connaître l'issue du référendum, vendredi. Plusieurs pubs devaient d'ailleurs rester ouverts toute la nuit.

«Je vais m'asseoir avec une bière à la main et regarder les résultats défiler», promettait Thomas Roberts.

Mais un partisan du Non, le conseiller financier Michael MacPhee, a indiqué qu'il suivra l'évolution du vote «avec nervosité». L'indépendance écossaise est «l'idée la plus saugrenue que j'aie jamais entendue», a-t-il dit.

- avec AFP