Si vous pensez que nous vivons une époque de guerres sanglantes, jetez donc un coup d'oeil à ce graphique

25/03/2015 11:01

Un photographe de presse pris dans le conflit syrien, le 24 août 2012 à Alep

Les fréquents articles d'actualité sur les conflits en Ukraine, en Irak et en Syrie, créent la fausse impression que les guerres et les crises n'ont jamais fait autant de victimes, observe le psychologue Steven Pinker dans The Guardian :

«Les instituts de recherche d'Oslo et d'Uppsala ont compilé des séries de données concernant les victimes de combats depuis 1946, et leurs courbes ont montré une tendance à la baisse sans équivoque.

Entre le pic de la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée, le taux de décès par habitant a baissé de plus de dix fois, puis a continué de plonger de plus de 100 fois au milieu des années 2000.

Mêmes les hausses récentes liées aux guerres en Irak et en Syrie n'ont pas rapproché le monde des taux de décès des décennies précédentes. D'autres séries de données montrent de fortes baisses dans les génocides et les meurtres de masse. (...)

Tant que la violence n'aura pas été totalement éradiquée, il y aura toujours assez explosions et de coups de feu pour faire l'actualité, alors qu'une portion plus grande de la planète dans laquelle les gens vivent des vies ennuyeuses pacifiques demeure invisible et ne voit jamais l'ombre d'un journaliste ».

Pinker est l'auteur de « The Better Angels of Our Nature: Why Violence Has Declined », dans lequel il a réuni le taux de décès pour 100.000 habitants au cours des conflits militaires qui ont émaillé l'histoire moderne sur un graphique:

Il rappelle qu'aucune guerre de la sorte des plus destructrices, c'est  à dire entre deux pays riches, ne s'est produite depuis la Guerre de Corée, qui s'est achevée en 1953. Depuis 1945, on n'a recensé aucune guerre entre des pays faisant partie des 40 pays ayant le PIB le plus important de la planète.

Le nombre de décès de guerre par tête est passé de 300 pour 100.000 habitants au cours de la Seconde Guerre Mondiale à 30 pour 100.000 durant la Guerre de Corée, et aujourd'hui, on en compte moins de 1 pour 100.000.

Ainsi, même si la guerre de Syrie a provoqué une hausse de l'ordre de 2/10èmes à 8/10èmes pour 100.000 habitants, soit un quadruplement, elle fait toujours partie des conflits les moins violents de l'histoire moderne.

« Cela a réduit à néant près d'une douzaine d'années de progrès, nous ramenant à l'année 2003, mais sans aucun rapport avec le niveau des années 1960, 1970 et 1980 », commente Pinker.

Il attribue cette amélioration à un ensemble de facteurs, dont l'abandon de la pratique du sacrifice humain, fréquente parmi les empires antiques. 

Mais plus récemment, c'est le changement d'attitude des hauts gradés occidentaux sur la guerre, qui a été déterminant :

 « Le but de l'armée est d'éviter les guerres », explique Pinker. « Les gens s'accordent de plus en plus sur le fait que la guerre n'est pas seulement dans l'ordre des choses. C'est un état anormal qui doit être évité ».

https://news.yahoo.com/why-despite-headlines-world-safer-place-230854010.html