Syrie: le régime prêt à aider des Palestiniens à chasser l'EI de Yarmouk

08/04/2015 18:01

Des hommes montent la garde dans une allée... (PHOTO YOUSSEF KARWASHAN, AFP)

Des hommes montent la garde dans une allée du camp palestinien de Yarmouk complètement ravagée par les combats, à Damas, le 6 avril.PHOTO YOUSSEF KARWASHAN, AFP

Rim HADDAD Agence France-Presse DAMAS

Le régime syrien s'est déclaré prêt à fournir des armes aux organisations palestiniennes pour chasser le groupe État islamique du camp de Yarmouk à Damas, où la situation humanitaire ne cesse d'empirer.

Dans le nord du pays, à Marea, ville stratégique pour l'approvisionnement des rebelles, deux voitures piégées ont explosé mardi soir et des affrontements violents ont éclaté, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

«Il y a eu deux voitures piégées dans et près de Marea, qui est sous contrôle de militants islamistes et du Front Al-Nusra», affilié à Al-Qaïda, a déclaré Rami Abdel Rahman, directeur de l'ONG.

Sept personnes ont été tuées dans la première explosion, et huit autres ont perdu la vie dans l'explosion de la deuxième voiture piégée près de la ville, a-t-il ajouté.

A Yarmouk, la dégradation de la situation a poussé le Conseil de sécurité de l'ONU à réclamer un accès des agences humanitaires aux milliers de Palestiniens qui se retrouvent bloqués depuis l'assaut des djihadistes le 1e avril.

Dans le camp, situé à seulement huit km du centre de la capitale syrienne, les accrochages ont cessé mais des bombardements aux barils d'explosifs se poursuivaient de la part du régime.

Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères Fayçal Moqdad a reçu une délégation palestinienne dirigée par Ahmed Majdalani, un dirigeant de l'OLP, pour discuter des moyens de protéger les habitants du camp.

«A l'exception d'une intervention directe de l'armée, les autorités syriennes sont prêtes à soutenir par tous les moyens, y compris militaires, les combattants palestiniens», a affirmé à l'AFP Anouar Abdel Hadi, représentant de l'OLP à Damas, après la rencontre.

Cité par l'agence officielle Sana, M. Moqdad a souligné «la détermination de la Syrie et de l'OLP à combattre le terrorisme, qui s'est étendu aux camps de réfugiés palestinien, notamment Yarmouk». Il a ajouté que «le gouvernement syrien a fourni une aide humanitaire et médicale aux frères palestiniens».

«Il faut désormais un consensus entre les 14 organisations palestiniennes en Syrie et le gouvernement syrien pour imposer la sécurité dans le camp», a précisé à l'AFP M. Majdalani. Une réunion est prévue mercredi à ce sujet.

Si tous souscrivent, un tel rapprochement représenterait un changement important car ce quartier était devenu fin 2012 un champ de bataille entre forces du régime et rebelles syriens, appuyés chacun par des groupes palestiniens.

Les organisations palestiniennes présentes dans le camp sont en effet majoritairement hostiles à Bachar al-Assad.

Avec l'arrivée de l'EI à Yarmouk, le groupe ultraradical n'a jamais été aussi proche du centre de la capitale. «Son objectif est de contrôler un secteur de Damas», estime Rami Abdel Rahmane de l'OSDH.

Des résidents terrorisés ont raconté à l'AFP leur fuite du plus grand camp de Syrie après une semaine de combats féroces entre l'EI et des groupes palestiniens armés.

«Situation catastrophique»

«La situation médicale est horrible car tous les médecins ont quitté le camp. Il ne reste que quelques infirmiers», a témoigné Samer, resté à Yarmouk.

Et mardi, un tireur embusqué a tué une fille de 12 ans dans la périphérie du camp, a rapporté un autre résident.

Le Conseil de sécurité a appelé lundi «à protéger les civils et à assurer un accès humanitaire au camp pour fournir une aide «vitale» aux habitants.

Le commissaire général de l'UNRWA (agence de l'ONU pour l'aide aux réfugiés palestiniens), Pierre Krähenbühl, a informé le Conseil de la «situation humanitaire totalement catastrophique» dans le camp où les habitants «survivent à peine» avec 400 calories par jour.

Depuis 2012, Yarmouk a été soumis à un siège impitoyable de la part du régime, provoquant la mort de près de 200 personnes par malnutrition et d'absence de médicament, d'après l'OSDH.

«Mais il y a un avant et un après l'entrée de l'EI», a expliqué M. Abdel Hadi.

Les combats depuis le 1er avril ont fait au moins 38 morts, dont huit civils, selon l'OSDH. Parmi eux, sept membres du principal groupe palestinien combattant l'EI, Aknaf Beit al-Maqdess ont été exécutés, dont deux décapités par l'EI.

L'EI a raflé la plupart des quartiers du centre, du sud, de l'est et de l'ouest, tandis que les Palestiniens contrôlent le nord et le nord-est, selon l'ONG.

Selon un responsable palestinien à Damas, 500 familles, soit environ 2.500 personnes, ont déjà fui ce grand quartier populaire.

L'arrivée de l'EI a ainsi poussé Oum Oussama, une mère de famille de 40 ans, à la fuite. «Leur comportement n'est pas humain et leur religion n'est pas la nôtre», déclare cette femme maigre aux yeux cernés.