Total réduit ses coûts et revoit ses ambitions dans la production

06/10/2014 16:15

Total réduit ses coûts et revoit ses ambitions dans la production ' Histoire de la Fin de la Croissance ' Scoop.it

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Le directeur financier de Total a dû se livrer, lundi 22 septembre, à un exercice délicat.

Devant un parterre d'analystes financiers réunis à Londres, Patrick de la Chevardière a annoncé tout à la fois une réduction des coûts opérationnels et des investissements ainsi qu'une révision à la baisse des objectifs de production à l'horizon 2017 tout en confirmant ses engagements en faveur des actionnaires.

Avec cet effort de rigueur,Total veut générer 15 milliards de dollars (11,7 milliards d'euros) de trésorerie disponible en 2017.

Ces perspectives médiocres d'activité ne sont qu'une demi-suprise. En présentant le 12 février les résultats 2013 ( - 20 % à 8,4 milliards d'euros), le PDG de la compagnie, Christophe de Margerie, avait déjà annoncé un réduction de la voilure.

 La période flamboyante des années 2005-2013, où les dépenses d'exploration-production avaient très fortement augmenté, est révolue. Une situation difficile qui touche les autres majors pétrolières internationales, ExxonMobil, Shell, BP, Chevron ou ENI, et qui inquiète de plus en plus les actionnaires, très vigilants sur les coûts opératoires et les investissements.

DÉPLÉTION DES CHAMPS MATURES

Le groupe poursuit sa « transition d'une phase d'investissement intensif à une phase de croissance », a affirmé M. de la Chevardière. Les investissements vont progressivement baisser, passant de 28 milliards de dollars en 2013, à 26 milliards cette année, puis à 25 milliards en 2017.

Total réduira aussi ses coûts d'exploitation à hauteur de 2 milliards de dollars d'ici 2017, et dans « tous les secteurs » : l'exploration et la production de pétrole et de gaz, le raffinage et la chimie, les services et l'organisation du groupe. M. de la Chevardière a néanmoins souligné qu'il n'y aurait pas de plan social.

Dans l'amont, la situation n'est pas brillante. La production de pétrole et de gaz a stagné au second trimestre (2,29 millions de barils par jour), et Total a révisé à la baisse son objectif pour 2017 : il n'escompte plus que 2,8 millions de barils par jour, au lieu de 3 millions auparavant.

Total pâtit d'une déplétion des champs matures et de l'arrêt sine die de la production du champ pétrolier géant de Kashagan (Kazakhstan). L'incertitude est si grande sur son redémarrage qu'il n'a pas prévu qu'il contribue à sa production d'ici à 2017.

Il compte sur une quinzaine de grands projets en développement, qui entreront en production dans les trois prochaines années, notamment Ofon 2 (Nigeria), Laggan-Tormore (Royaume-Uni) et Ichthys (Australie), pour redresser la barre.

« SE CONCENTRER SUR DES ACTIFS À FORTE RENTABILITÉ »

Il y a trois ans, le discours des dirigeants de Total insistait sur la nécessité d'une « politique plus audacieuse » dans l'exploration. Malgré les milliards engloutis, elle n'a pas donné les résultats attendus. Dès novembre 2013, M. de Margerie avait nommé un nouveau directeur de l'exploration-production, Arnaud Breuillac, qui fera son entrée au comité exécutif en octobre.

Ils ont décidé de revoir leur stratégie, confiée à un transfuge de l'américain Murphy Oil, Kevin McLachlan. Une petite révolution culturelle dans le groupe français, qui n'a pas l'habitude de recruter chez ses concurrents à de tels postes de responsabilité.

Les coûts de production ont beaucoup augmenté ces dix dernières années, et l'heure est désormais à leur maîtrise, voire leur baisse (environ 1 dollar par baril). Cette stratégie de rigueur s'accompagne d'un programme de cession de 15 milliards de dollars entre 2015 et 2017, le groupe souhaitant « se concentrer sur des actifs stratégiques, de croissance ou à forte rentabilité ».

Total avait déjà un programme de 20 milliards sur 2012-2014, encore illustré, il y a quelques jours, par l'annonce de la vente de Bostik, sa filiale dans les produits adhésifs, à Arkema, qui en propose 1,74 milliard d'euros. Total poursuit ainsi son désengagement de la chimie et de la pharmacie il a cédé ses 13 % dans Sanofi - pour se concentrer sur la pétrochimie.

Et, bien sûr, la production, le raffinage et la commercialisation des hydrocarbures.

Reste le point le plus sensible en France : le raffinage. Prudent, M. de la Chevardière a étendu le problème au Vieux Continent. « Il est évident qu'en Europe, il y a des surcapacités et nous adapterons notre production au marché », a-t-il prévenu, tout en assurant qu' « aucune décision n'a été prise » sur la manière dont cette adaptation se fera. Deux comités centraux d'entreprise , l'un sur l'activité raffinage global, l'autre sur La Mède (Bouches-du-Rhône) à la demande de syndicats inquiets de l'avenir de ce site, se tiendront, jeudi 25 septembre, au siège de Total.

UN ENVIRONNEMENT GÉOPOLITIQUE INCERTAIN

En 2010, lors de la fermeture de la raffinerie des Flandres (Nord), M. de Margerie s'était engagé à ne plus fermer de site pendant cinq ans. Un moratoire qui expire donc courant 2015 alors qu'entretemps, la situation s'est encore dégradée, comme le montre la fermeture en 2012 de la raffinerie exploitée par le suisse Petroplus à Petit-Couronne (Seine-Maritime).

L'environnement géopolitique des compagnies pétrolières n'est pas bon non plus, même si la production reste soutenue dans les zones sensibles comme l'Irak, la Libye et la Russie. Dans ce pays, Total a confirmé la poursuite du projet Iamal (extraction et usine de gaz naturel liquéfié), dont il détient 20 % au côté du russe Novatek (60 %) et du chinois CNPC (20 %).

M. de la Chevardière a néanmoins reconnu qu'en raison des nouvelles mesures occidentales sanctionnant la Russie pour son interventionnisme en Ukraine, Total et ses partenaires n'avaient plus accès à des financements en dollars. Ils travaillaient pour obtenir des fonds en euros, en roubles ou en yuans.

Jean-Michel Bezat
Journaliste au Monde