Tusk : "Quand on leur demandera de payer, les Polonais voudront sortir de l'UE"

14/01/2018 16:38

 
© The Council of Europe


Donald Tusk, le président du conseil de l'Europe qui est aussi l'ex-Premier ministre polonais, a averti que le gouvernement polonais avait l'intention de faire sortir la Pologne de l'UE.

« Je n'ai aucun doute que pour le PiS [le parti Loi et Justice au gouvernement en Pologne], l'un des objectifs est de « libérer » la politique polonaise du fardeau de l'UE » a dit Tusk au magazine Tygodnik Powszecnhy. Il a ajouté que le gouvernement polonais envisageait d'organiser un référendum sur le modèle du brexit d'ici 2020.

Actuellement, la Pologne reçoit 10 milliards d'euros annuels de l'UE, ce qui en fait le plus gros bénéficiaire net du bloc. Mais avec le brexit, cet état de choses pourrait changer. Les dirigeants européens ont annoncé que les pays membres devraient augmenter leurs cotisations pour compenser la perte des contributions britanniques.

En conséquence, la Pologne, dont l'économie est en plein essor, pourrait elle-même devenir un contributeur net, c'est-à-dire, payer plus de contributions qu'elle ne reçoit de subventions. Pour Tusk, une telle situation pourrait être un déclencheur :

« J'imagine facilement une situation dans laquelle la Pologne se retrouve parmi les payeurs nets, et alors le gouvernement polonais ressentirait qu'il est temps de demander aux Polonais s'ils veulent que la Pologne reste dans l'UE ».

L'UE et la Pologne, une relation compliquée


La Pologne est de plus en plus défiante au sein de l'UE. Elle s'oppose à l'UE sur la question des migrants, et elle exclut l'idée d'une plus grande intégration européenne.

Au mois de décembre, le gouvernement polonais a adopté une réforme judiciaire dont la Commission européenne a jugé qu'elle était antidémocratique. En conséquence, elle a annoncé le déclenchement de l'article 7 du traité de l'UE. Cet article, parfois qualifié "d'arme nucléaire", vise à garantir que tous les pays membres respectent « la dignité humaine, la liberté, la démocratie, l'égalité, l'État de droit et les droits humains ».

Jusqu'alors, il n'avait jamais été mis en branle, et il pourrait aboutir à une suspension des droits de vote de la Pologne au conseil de l'Union.

L'entrée dans l'euro comme solution ?

Récemment, un panel d'économistes a proposé d'accélérer l'entrée de la Pologne dans la zone euro. Dans la lettre ouverte qu'ils ont publiée dans le journal polonais Rzeczpospolita, ils ont mentionné que la Pologne s'était engagée à joindre l'euro en 2004, lors de son entrée dans l'UE. Ils ont justifié ce point de vue en rappelant que la moitié des exportations polonaises est expédiée dans des pays de la zone euro.

De ce fait, il serait donc logique que la Pologne partage la même monnaie que ses partenaires commerciaux, et ce d'autant que l'euro est finalement ressorti indemne de la crise financière.

Ils y voient également des avantages politiques. L'adhésion à l'euro pourrait permettre à la Pologne de sortir de l'impasse politique dans laquelle elle se trouve, mais aussi de l'enraciner comme un pays d'Europe occidentale. Ou, comme ils le synthétisent eux-mêmes :

« A l'avenir, ou bien nous serons dans la zone euro, ou dans la zone d'influence russe ».

Le gouvernement polonais n'a pas répondu à cet appel.

La Pologne aux ordres de Moscou, selon Tusk

Tusk, qui envisage de retourner sur la scène politique polonaise en 2020, après la fin de son mandat à Bruxelles, accuse le parti PiS de soutenir discrètement Moscou, et de tout faire pour nuire à la démocratie libérale et aux valeurs occidentales :

« Presque tout ce que le parti au pouvoir en Pologne propose concernant des problèmes politiques cruciaux correspond aux intérêts et aux attentes de Moscou publiquement décrits et  formulés. Je peux citer un grand nombre de cas dans lesquels le pays et Moscou ont des visions et des objectifs similaires ».