Ukraine: entente de cessez-le-feu ratifiée à Minsk

20/09/2014 08:27

Le «premier ministre» de la République unilatéralement proclamée... (PHOTO SERGEI GAPON, AFP)

Le «premier ministre» de la République unilatéralement proclamée de Donetsk (DNR), Alexandre Zakhartchenko (au centre) entouré de ses bras-droits. PHOTO SERGEI GAPON, AFP

Agence France-Presse MINSK Les représentants de Kiev et les séparatistes de l'Est de l'Ukraine ont signé samedi à Minsk un mémorandum instaurant un cessez-le-feu et la création d'une zone démilitarisée de 30 km au terme de négociations de paix, la trêve restant fragile dans la région. 

À l'issue de sept heures de pourparlers, l'ancien président ukrainien Leonid Koutchma, représentant de Kiev à la table des discussions entamées vendredi, a annoncé la signature d'un mémorandum en neuf points prévoyant un cessez-le-feu et un retrait de 15 km des artilleries lourdes des deux camps depuis leur «ligne de contact».

«Ce sera l'occasion de créer une zone de cessez-le-feu d'au moins 30 kilomètres de large», a ajouté M. Koutchma, qui s'était réuni pour de nouveaux pourparlers dès vendredi après-midi dans la capitale bélarusse avec l'ambassadeur de Russie en Ukraine Mikhaïl Zourabov, la représentante de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) Heidi Tagliavini et des dirigeants séparatistes.

Les belligérants ont convenu de ne pas utiliser d'armes lourdes dans les zones peuplées et d'interdire aux avions de combat et aux drones de survoler la zone de sécurité qui sera sous surveillance de l'OSCE, a expliqué Leonid Koutchma.

Le mémorandum prévoit également que «tous les groupes armés, les équipements militaires, les combattants et les mercenaires» ne pénétreront pas dans cette zone.

Il «devrait créer une zone de complète sécurité», a indiqué de son côté Igor Plotnitsky, représentant séparatiste de la «République populaire de Lougansk», ajoutant que le statut des régions de Lougansk et Donetsk, contrôlées par les séparatistes, n'avait pas encore fait l'objet de discussions.

Depuis le «protocole de cessez-le-feu» signé à la surprise générale entre Kiev et les rebelles à Minsk le 5 septembre, le président ukrainien Petro Porochenko a proposé de garantir un «statut spécial» provisoire aux régions prorusses de l'est, assorti d'élections locales en décembre. Des offres, entérinées par les députés, au coeur des négociations.

Nouvelles sanctions

Entre-temps, l'Union européenne et les États-Unis, qui accusent la Russie de «porter atteinte à la souveraineté de l'Ukraine» en aidant la rébellion avec des armes et des troupes, ont imposé de nouvelles sanctions à l'économie russe, au bord de la récession.

Si les concessions politiques du gouvernement ukrainien ont reçu cette semaine le soutien affiché de Moscou, les rebelles ont jusqu'à présent rejeté toute proposition émanant des autorités ukrainiennes concernant un territoire dont ils réclament farouchement l'indépendance.

Après un conflit de cinq mois qui a fait près de 2.900 morts, Kiev et les Occidentaux considèrent les annonces de Moscou avec la plus grande prudence, tant ils accusent la Russie de souffler le chaud et le froid dans ce conflit qui a suscité les pires tensions entre Est et Ouest depuis la Guerre froide.

Les rebelles prorusses et l'armée ukrainienne s'accusent par ailleurs mutuellement de violations répétées de la trêve, notamment aux abords de l'aéroport de Donetsk, contrôlé par les forces loyalistes.

La mairie de Donetsk, ville théâtre d'âpres combats ces derniers mois, a déploré vendredi «une nuit intense» de tirs d'artillerie. Un civil a été tué.

Le porte-parole militaire ukrainien, Andriï Lyssenko, a de son côté fait état de la mort de deux soldats ces dernières 24 heures, ajoutant que six autres étaient «portés disparus».

Ces nouvelles victimes portent le bilan, depuis le 5 septembre, à 34 morts, civils et militaires, selon un comptage fait par l'AFP à partir des chiffres des autorités locales et de l'armée.

Même si le nombre des personnes tuées quotidiennement a considérablement diminué en 15 jours, la population dénonce une trêve illusoire et continue de vivre au rythme des obus et des nuits dans les caves.

Plan de paix en 12 points

Le «vice-ministre» de la République unilatéralement proclamée de Donetsk (DNR), Andreï Pourguine, avait indiqué jeudi que les participants évoqueraient en priorité à Minsk ce «statut spécial» des régions de Donetsk et de Lougansk.

À l'issue de cette séance de négociations, la question, sensible, n'a pourtant pas été encore discutée.

«Nous avons notre opinion sur le sujet et l'Ukraine a la sienne», a déclaré le «Premier ministre» de la République unilatéralement proclamée de Donetsk (DNR), Alexandre Zakhartchenko, interrogé sur sa volonté de rester dans le giron de l'Ukraine.

Avant son départ pour Minsk, Léonid Koutchma, avait, quant à lui, prévenu que les négociations ne pourraient «en aucun cas se faire au détriment de l'indépendance de l'Ukraine et de son intégrité territoriale».

Il a en outre rejeté «toute forme de fédéralisme et la reconnaissance des républiques autoproclamées» dans les bastions rebelles.

Le document en douze points, également signé le 5 septembre par l'ambassadeur de Russie en Ukraine et un représentant de l'OSCE, contient par ailleurs des dispositions sur le contrôle de la frontière russo-ukrainienne avec l'aide de l'OSCE et la création d'une zone de sécurité dans les territoires frontaliers.

Il évoque aussi un volet humanitaire et une aide au rétablissement économique de la région industrielle du Donbass.