Un bébé palestinien brûlé vif dans une attaque de colons israéliens

31/07/2015 12:48

Le bébé Ali Dawabcheh, un an et demi,... (Photo Abed Omar Qusini, Reuters) 

Le bébé Ali Dawabcheh, un an et demi, a été brûlé vif. Quatre de ses proches, dont sa mère Riham, 26 ans, son père Saad et son frère Ahmed, quatre ans, ont été blessés et transférés vers un hôpital israélien.Photo Abed Omar Qusini, Reuters

Imed SAADA Agence France-Presse NAPLOUSE

Un bébé palestinien a été brûlé vif et ses parents et son frère gravement blessés vendredi lorsque des colons israéliens ont incendié leur maison en Cisjordanie occupée, une attaque qualifiée de «terroriste» par Israël et que les Palestiniens veulent porter devant la justice internationale.

Ce qualificatif de «terroriste» très rare et les condamnations des dirigeants israéliens, le premier ministre de droite Benjamin Netanyahu en tête, n'ont pas convaincu les Palestiniens qui ont tenu le gouvernement israélien «entièrement responsable» de la mort du bébé en raison de «l'impunité accordée aux colons».

Des manifestations sont attendues après la prière de la mi-journée dans les Territoires palestiniens, les islamistes du Hamas, au pouvoir à Gaza, ayant lancé dès jeudi un appel à une «journée de la colère» contre Israël.

Vendredi à l'aube, selon des responsables de sécurité palestiniens et israéliens, des colons ont jeté des cocktails Molotov par les fenêtres, ouvertes en raison de la chaleur estivale, de deux maisons du village de Douma près de Naplouse dans le nord de la Cisjordanie, dont celle de la famille Dawabcheh.

Sur les murs ils ont inscrit «le prix à payer», «vengeance» et dessiné une étoile de David avant de s'enfuir en direction d'une colonie voisine, Maale Ephraïm, a-t-on ajouté.

Le bébé Ali Dawabcheh, un an et demi, a été brûlé vif. Quatre de ses proches, dont sa mère Riham, 26 ans, son père Saad et son frère Ahmed, quatre ans, ont été blessés et transférés vers un hôpital israélien.

La mère, avec des brûlures au troisième degré sur 90% du corps, le père, sur 80% du corps et leur fils Ahmed, quatre ans, à 60%, sont désormais tous trois «en danger de mort», selon des médecins israéliens. Un quatrième blessé, une fillette selon certaines sources, était également hospitalisée.

Arrêter et juger «les meurtriers»

«Ils sont sortis de la maison, suffocants, dans un état déplorable», a affirmé un témoin à la télévision palestinienne.

Depuis des années, des activistes de l'extrême droite israélienne ou des colons se livrent, sous le l'étiquette du «prix à payer», à des agressions et des actes de vandalisme contre des Palestiniens et des Arabes israéliens, des lieux de culte musulmans et chrétiens, ou même des soldats israéliens. La plupart des agressions sont restées impunies.

«C'est un acte de terrorisme en tout point», a dénoncé M. Netanyahu, son ministre de la Défense Moshé Yaalon condamnant des «terroristes juifs».

M. Netanyahu a donné ordre aux «forces de sécurité d'utiliser tous les moyens pour arrêter les meurtriers et les traduire en justice», selon un communiqué officiel.

Mais Saëb Erakat, numéro deux de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), a estimé qu'«on ne peut dissocier cette attaque barbare» d'un «gouvernement qui représente une coalition pour la colonisation et l'apartheid».

Pour le président Mahmoud Abbas, l'État hébreu devra répondre de ce nouveau «crime de guerre» devant la Cour pénale internationale (CPI).

«Nous préparons immédiatement le dossier qui sera soumis à la CPI (...)», a-t-il dit, dénonçant «les crimes de guerre et les crimes contre l'Humanité commis chaque jour par des Israéliens».

La direction palestinienne se réunira en début de soirée.

La police en alerte

Pour Yaariv Oppenheimer, dirigeant de la Paix Maintenant, une ONG israélienne opposée à la colonisation des territoires palestiniens, ce genre «d'agressions de la part des colons est devenue une véritable épidémie», notamment du fait de «l'indulgence dont fait preuve le gouvernement envers les violences anti-palestiniennes et les discours de haine».

En mai, l'organisation israélienne Yesh Din estimait que 85,3% des plaintes de Palestiniens après des attaques de colons étaient classées sans suite et seules 7,4% des plaintes conduisent à des actes d'accusation et seulement un tiers des poursuites à une condamnation.

En prévision de manifestations, la police israélienne était déployée en masse dans la Vieille ville de Jérusalem, notamment aux abords de l'Esplanade des mosquées dont l'accès était de nouveau interdit aux hommes de moins de 50 ans.

Ces restrictions israéliennes sont imposées après des violences de crainte de débordements.

Le groupe Jihad islamique ainsi que les mouvements de gauche ont appelé à des protestations, tandis que le Hamas a promis «une punition à la hauteur de ce crime» qui «fait des soldats de l'occupant et des colons des cibles légitimes partout».

L'envoyé spécial de l'ONU au Proche-Orient, Nickolay Mladenov, s'est dit «outré» par cette attaque, et la Jordanie a condamné un «crime odieux qui aurait pu être évité si le gouvernement israélien n'avait pas (...) tourné le dos à la paix».