Une trentaine d'otages à Sydney, menace islamique évoquée

15/12/2014 10:13

Des hommes des forces de l'ordre en équipement lourd pointent des armes à feu en direction de l'établissement. Photo SAEED KHAN, AFP

Martin PARRY Agence France-Presse Sydney

Environ 30 otages étaient retenus lundi par un homme armé dans un café de Sydney, où un drapeau islamique noir a été plaqué contre une fenêtre, dans un quartier du cœur de la ville qui a été verrouillé par les forces de sécurité.Martin Place, place piétonne située dans le centre des affaires de Sydney, a été évacuée tandis que des dizaines de policiers en armes encerclaient le Lindt Chocolat Cafe, où se déroulait la prise d'otages.

Peu avant 16h00 locales, trois personnes sont sorties en courant du café, a annoncé la police, ajoutant que personne ne semblait avoir été blessé.

«Trois personnes sont à présent sorties de l'établissement de Martin Place», a déclaré la chef adjointe de la police de l'État de Nouvelle-Galles du Sud, Catherine Burn.

«La première chose que nous allons faire, c'est de vérifier qu'elles vont bien. Nous allons travailler avec ces personnes pour obtenir davantage d'informations. Nous n'avons aucune information laissant penser que quelqu'un ait été blessé à ce stade», a-t-elle ajouté.

La police ne sait pas exactement combien de personnes sont retenues en otage mais leur nombre est inférieur à 30.

Des images des télévisions montraient un drapeau noir avec une inscription en caractères arabes plaqué par des otages contre une fenêtre de l'établissement. Il semblerait qu'il s'agisse de la shahada, ou profession de foi musulmane: «Il n'y a de Dieu qu'Allah et Mahomet est son prophète».

Il n'y a qu'un seul preneur d'otages, a annoncé le chef de la police de l'État de Nouvelle-Galles du Sud, Andrew Scipione.

Les forces de l'ordre ne savent pas à quel type de situation elles ont affaire. «Nous n'avons pas encore confirmé qu'il s'agit un événement lié au terrorisme», a dit Andrew Scipione.

L'Australie, engagée aux côtés des États-Unis dans la lutte contre l'organisation État islamique (EI), est sur les dents depuis qu'elle a relevé en septembre son niveau d'alerte face à la menace terroriste représentée par les combattants djihadistes australiens de retour d'Irak et de Syrie.

Le président américain Barack Obama a été informé de la situation, a annoncé à Washington Lisa Monaco, sa conseillère pour les affaires de terrorisme.

Martin Place est le centre financier de Sydney et de nombreuses administrations, dont les bureaux du Premier ministre de l'État de Nouvelle-Galles du Sud, Mike Baird, et le siège de la banque centrale.

Motivations?

Le Premier ministre australien Tony Abbott a convoqué le Comité de sécurité nationale réunissant les membres de son gouvernement et des conseillers chargés des questions de sécurité afin de faire face à la situation.

«Nous ne connaissons pas les motivations de l'auteur, nous ne savons pas s'il agit pour des motifs politiques mais de toute évidence, il existe des éléments allant dans ce sens», a-t-il déclaré à la presse.«Le but de la violence politique, c'est de faire peur aux gens pour qu'ils ne soient plus eux-mêmes.

L'Australie est une société pacifique, ouverte et généreuse. Rien ne doit changer cela et c'est pour cela que je demande aux Australiens de vaquer à leurs occupations habituelles», a lancé M. Abbott.

D'après les médias, entre dix et 50 personnes se trouvaient dans le café. Plusieurs ont été vues avec les mains en l'air.

Patrick Byrne, un producteur de la chaîne de télévision Channel Seven, dont la rédaction se trouve en face du café, a indiqué que le personnel de la chaîne avait vu la prise d'otages se dérouler sous ses yeux.

«Nous nous sommes précipités à la fenêtre et nous avons eu la vision choquante et glaçante de personnes plaçant leurs mains levées contre les vitres du café», a-t-il dit à l'Australian Broadcasting Corporation.

De nombreux commerces ont fermé. Seules quelques personnes pouvaient être vues en train de marcher dans les rues qui grouillent habituellement de monde. «C'est triste de penser que c'est chez moi ici et que cela peut se produire partout», disait Rebecca Courtney, une habitante.

Peu avant l'annonce de la prise d'otages, la police avait fait état de l'arrestation d'un homme à Sydney dans le cadre d'une enquête sur la préparation d'attentats en Australie. Le chef de la police de Nouvelle-Galles du Sud a dit qu'il ne pensait pas que les deux affaires soient liées.

Le suspect, âgé de 25 ans, a été interpellé dans le cadre «d'investigations en cours sur la préparation d'un attentat sur le territoire australien et l'aide au voyage de citoyens australiens vers la Syrie pour participer à des activités armées», selon un communiqué.

La police est intervenue au même moment à l'Opéra de Sidney, qui a été évacué à la suite apparemment d'une alerte au colis suspect.

D'après les estimations, plus de 70 Australiens combattent actuellement dans les rangs djihadistes en Irak et en Syrie. Au moins 20 Australiens y ont été tués et les autorités craignent que de plus en plus de jeunes Australiens ne se radicalisent et commettent des attentats sur le territoire australien.

Fin octobre, l'Australie a durci sa législation anti-terroriste en interdisant en particulier tout voyage sans raison valable vers des pays considérés comme des foyers du terrorisme international.