Visite au Bout de l'Enfer

26/01/2015 16:35

En ces jours de commémoration il fallait nous faire ce devoir de mémoire.

Des lors que la visite fut terminée, l'horreur m'envahi, moi qui croyais avoir vu assez de scènes de guerre, assez de documentaires sur la violence, celle-ci m'a prise sans détour alors que j'entrais dans l'enceinte du camp de concentration Auschwitz Birkenau, lieu immense d'extermination industrielle de la Seconde Guerre mondiale.

Dès la porte en arc franchie, avec l'enseigne " Arbeit Macht Frei " (le travail rend libre), j'ai compris que cette visite-là serait loin d'être ordinaire.

Encerclé par les clôtures en fer forgé, au milieu de la plate-forme de train l'atmosphère avait quelque chose de repoussant, comme si on ne devait pas être là, comme si on risquait quelque chose. Pourtant, voilà 70 ans que tout est fini. Mais la mort, les cris les pleures hantent encore ces lieux...

Un guide débuta la visite du camp d'un ton froid et détaché, comme s'il n'avait pas réalisé l'Horreur du lieu. C'est à la fin que j'ai compris que de travailler à Auschwitz ne demande pas seulement une personnalité neutre, mais une force de caractère incroyable.

Retour dans le temps

Notre visite commence dans une des maisons longues servant de chambres et bureaux pour les officiers et de cafétéria et chambres pour les détenues. Sur les centaines de maisons, quelques-unes sont encore ouvertes et servent de musée.

Ce qui m'a le plus frappé dans la première des maisons visitées, ce sont les centaines de photos accrochées au mur. Des clichés des premiers prisonniers du camp.

De longs murs remplis de portraits de jeunes et de vieux, tous au visage sévère d'où on sent pourtant une pointe de défiance. Au bas des photos figurent la date d'admission au camp et la date de la mort du détenu.

Révoltant, de voir que des jeunes de mon âge, en santé, sont décédés, parfois, seulement dix jours après leur arrivée. Peut-être que le sentiment de doute perçu dans leurs yeux avait été trop grand pour les Allemands...

Torture pour les yeux

Puis on est entré dans une autre maison convertie en musée. On y avait rapatrié les objets appartenant aux prisonniers : un nombre incroyable de souliers, des vêtements, des milliers de brosses à dent, un immense tas de cheveux et les contenants de gaz retrouvés autour du camp. Témoignage de tous ceux qui étaient passés par Auschwitz.

Le choc fut immédiat. Les frissons aussi. Il m'était difficile de traverser les diverses pièces tant l'ampleur du massacre était évidente. Plusieurs visiteurs ont quitté ou se sont retirés. J'ai décidé d'aller jusqu'au bout.

Une partie de moi voulait savoir jusqu'à quel point les Allemands avaient pu pousser le calvaire des détenus.

Nous n'avons pas tardé à entrer dans le vif du sujet : le martyre qu'ont connu plus d'un million de personnes; juifs, homosexuels, prisonniers politiques, hommes, femmes, enfants, venus de partout en Europe. Sans les photos d'archives, je crois que jamais je n'aurais imaginé que l'Homme puisse être aussi... immonde, inhumain.

Il faut le voir pour croire toutes ces expériences faites sur des femmes, sur des enfants par un certain docteur MENGELE. Des tests de résistances au froid ou à la faim des injections de microbes dans l'organisme. Celui-ci a même tenté de changer la couleur des yeux! Les photos d'enfants squelettiques, la peau sur les os, ne manquent pas.

À trop en voir, on ne peut que détourner le regard.

La routine des détenus

Le supplice des détenues se poursuivait jour après jour, dans chaque geste posé. En visitant les maisons qui leur servaient d'abris, je n'étais pas surpris de découvrir ces lits étagés à peine terminés, des sortes de brancards superposés de façon inégale ou au milieu trônait un poêle capricieux qui ne fonctionnait que lorsque les gardes le voulaient bien.

L'hiver, les épidémies de grippe contaminaient les personnes plus faibles et si ce n'était pas le froid qui en venait à bout, c'étaient les mauvaises conditions d'hygiène.

Au milieu de l'allée séparant les lits, une fosse avait été creusée puis couverte de ciment où on avait percé une rangé de trous.L'odeur pestilentielle et les microbes se répandaient bien avant que les détenus aient eu le temps de nettoyer la fosse. Comme les prisonniers avaient été départis de leurs biens à leur arrivée, ils n'avaient aucun savon ou brosse à dent.

Ils n'avaient même pas d'eau quotidiennement, tous ce qu'ils possédaient c'était leur uniforme et une gamelle pour la ration de nourriture.

La fin

Avant de mettre un terme à cette visite, on nous a dirigé vers la partie la plus morte du camp. Morte parce qu'elle abrite les chambres à gaz, les fours crématoires et les cellules pour les futurs exécutés. Les murs sont noirs de suie et une odeur d'humidité empreint les pièces.

Les cellules sont de véritables livres d'histoire, miroirs d'Ames perdues et de vies achevées grâce à toutes ces gravures laissées sur leurs murs.

C'était la dernière possibilité d'hurler  l'injustice vécue ou de dire au revoir, il s'y  mélange des prières, dessins et parfois de simple nom. Chaque cellule a sa  mémoire et depuis plusieurs années des lampions, comme des refuges de vies  volées, y sont allumés.

On nous a également dirigé vers une cellule spéciale ou tout juste avant d'être mis à mort, une vingtaine de personnes y étaient entassées, la pièce ne faisait qu'un carré de deux pieds sur une hauteur de six, avec un petit trou d'aération permettant aux détenus de respirer.

Cette situation pouvait perdurer pendant près de 48 heures!

Finalement, comme on s'y attendait, la visite des chambres à gaz, je regardais les centaines de trous au plafond, gicleurs fatals, pourtant inutilisables depuis longtemps, qui n'ont guère gagné en confiance.

L'émotion ne s'est pas arrêtée là alors qu'on entrait dans la salle des fours crématoires je ne pourrai jamais oublier l'effet ressenti de voir " pour de vrai " ce lieu d'extermination.

Il m'était atrocement facile d'imaginer ces corps entassés sur les tables des fours, attendant la crémation.

Puis j'ai quitté les lieux, bouche bée. La tête pleine d'images, l'esprit brouillé, j'étais incapable de me faire à l'idée qu'un tel lieu ait pu exister, comme des dizaines d'autres, et ce, à l'insu de tous!

Encore aujourd'hui, mes souvenirs me renvoient un sentiment de souffrance inimaginable.

Qu'est-ce qu'on retire d'une visite à Auschwitz? Un espoir toujours aussi naïf de voir disparaître la violence, une prise de conscience et la certitude que si tout le monde pouvait visiter ce camp d'horreur, le monde ne serait pas là où il est et nous ferions tous un pas de géant vers la paix vers l'humanité.

BS

Sources :